The Lunchbox

On 11/12/2013 by Nicolas Gilson

Le réalisateur indien Ritesh Batra signe avec THE LUNCHBOX un premier long-métrage honorable. Sous les atours d’une comédie romantique et derrière une approche à caractère réaliste, il dresse un double portrait et esquisse la photographie d’une société plurielle régie par de nombreux codes.

The-Lunchbox-Dabba

« Le mauvais train mène quelquefois à la bonne gare »

Ila (Nimrat Kaur) est femme au foyer. Un jour, elle met plus que de coutume son coeur à la tâche en préparant le repas de son mari qui lui est porté par un dabbawallah. Toutefois au retour de son époux elle se rend compte qu’il y a eu une erreur de livraison. Son plat est en effet parvenu à Saajan Fernandes (Irrfan Khan), très agréablement surpris. Cette méprise conduit la femme à glisser le lendemain un billet dans un des compartiment de la « dabba » (boîte à repas). Une note à laquelle répond Saajan, entamant ainsi une singulière correspondance.

L’ouverture du film nous confronte tout à la fois à l’effervescence dans laquelle est plongée Ila et celle de la livraison des boîtes à repas par les dabbawallah. L’approche est alors réaliste et semble se concentrer sur la ritualité tant les gestes et la circulation des objets sont centraux. Plus encore Ritesh Batra transcende l’énergie qui caractérise les rues et les transports en commun indiens. Ce faisant, il tend aussi à une réelle « multilicité », le quotidien d’Ila étant indéniablement partagé par bien d’autres femme au foyer – et, par extenso, n’en est-il pas de même pour celui de Saajan.

Si la captation ou le son quelque peu oppressant se veulent alors hyper réalistes, le réalisateur s’émancipe ensuite indéniablement de cette approche à la fois dans l’écriture et dans la mise en scène. La construction du récit peine à trouver un équilibre entre les protagonistes et paradoxalement Saajan s’impose comme le personnage principal. Le scénario s’attarde beaucoup plus sur son quotidien dont la routine est bientôt « directement » mise en question. En effet, Saajan arrive à la fin de sa carrière ce qui le conduit à mettre sa vie en perspective au fil des échanges épistolaires mais aussi par le biais de ses interactions avec celui à qui son poste revient, Shaikh (Nawazuddin Siddiqui).

the lunchbox - dabba

Si l’hypothèse de cette correspondance prend tout son intérêt dans la société indienne où les normes et les nombreux codes importent tant au protagoniste, il en est de même dans la rencontre que fait Saajan avec Shaikh. Saajan s’adresse presque sans détour tant à Ila qu’à son futur remplaçant, indépendamment de leurs castes respectives ou de leurs sexes. Tous trois se mettent peu à peu à nu au fil de leurs évocations. Sans doute la mise en scène de certaines de celles-ci est le principal bémol du film tellement cela ancre une indépassable impression de fiction. Le réalisateur semble en effet proposer des quelques tableaux dont la signification est pour le moins évidente.

À l’instar de l’emploi de la musique qui sert tantôt subtilement de ponctuation mais qui se veut aussi platement atmosphérique, l’approche générale est en fait quelque peu duale : Ritesh Batra parvient à esquisser des portraits touchants, à révéler avec acuité l’identitaire de ses protagonistes et leur réalité, sans pour autant éviter de nombreux appuis qui alourdissent l’ensemble. Une impression qui se retrouve également dans le jeu des protagonistes, souvent très juste mais quelques fois appuyé – ou insistant. Le réalisateur met néanmoins en scène avec habilité les jeux de caste (Ila n’est-elle pas emprisonnée en un sens dans son quotidien ?) et évite bien des écueils romanesques révélant ainsi avec justesse une photographie d’une société en pleine évolution.

the lunchbox - affiche

DABBA
THE LUNCH BOX
♥♥
Réalisation : Ritesh Batra
Inde / France / Allemagne – 2013 – 104 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique

Cannes 2013 – Semaine de la Critique
Film Fest Gent 2013 – Panorama

The-Lunchbox

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