The Lego Movie

On 26/02/2014 by Nicolas Gilson

Devenues communes, les briques LEGO excitent l’imagination et la créativité. Sur base d’une standardisation, elles offrent la possibilité à chacun d’exprimer sa personnalité, proposant de suivre la règle tacite du plan de construction et laissant le champ libre aux emboitements les plus saugrenus. Pouvant se structurer à l’infini, ces petits accessoires deviennent un univers sans frontière si ce n’est celle de la fantaisie. En articulant justement leur « grande aventure » autour de cette question, les créateurs de THE LEGO MOVIE font mouche en proposant un divertissement réjouissant pour petits et grands enfants.

The Lego Movie - Emmet

« I can sing that song for hours »

Le héros de cette aventure est Emmet, un ouvrier du bâtiment – autant dire un individu des plus ordinaire au pays de la construction. Sa vie est tout à fait banale et normative, régulée par un manuel dont il nous présente les lignes de conduite aux allures de manifeste vendu aux caisses des supermarchés. Tout à la fois complice du protagoniste et témoin de ses agissements, nous nous amusons de la logique qui régit son monde à mesure que nous le découvrons : une fourmilière qui singe brillamment la société capitaliste, si moderne, qui est la nôtre.

La lecture est d’emblée plurielle, le ton est tout à la fois sarcastique et premier degré à l’instar de la chanson « Everything is Awesome » qu’Emmet, comme tant d’autres, chante à tue-tête sans se rendre compte qu’il est ainsi aussi formaté que le morceau. Ancré dans une rythmique métro-boulot-dodo, Emmet est un parfait exécuteur : l’ouvrier combat ainsi l’anarchie qu’il remplace par les lignes architecturales faisant autorité. À la tête de son univers, le pouvoir est incarné par la président Business. Surprenante caricature pleine de sens des dictateurs contemporains maîtres de l’économie et des médias ; adulés des masses.

Lorsque par accident Emmet se trouve sur le chantier après sa fermeture, il devient malgré lui le protagoniste d’une aventure mettant en cause l’ordre qui hiérarchise son quotidien. Il serait l’élu de la prophétie sur laquelle s’est auparavant ouvert le film… Si l’anti-héros, à dessein caricatural, est plus motivé par ses sentiments soudains pour une certaine Lucy, il rencontre bientôt une galerie de personnages aussi anarchiques qu’anarchistes (parmi lesquels Batman et Lincoln) avec qui il tente de sauver le monde de la destruction. Et celle-ci s’avère emblématique puisqu’il s’agit de la fixation irréversible des choses ; de la pure normalisation ; de la mort de tout imaginaire.

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Or c’est justement l’inventivité qui guide le projet – tant d’un point de vue scénaristique qu’esthétique ! L’aventure semble se construire devant nous et tout semble possible : la particularité des LEGO en dicte la logique et, à l’image de l’objet, les modulations sont infinies. Les décors et les accessoires deviennent un terrain de création pour les protagonistes qui semblent se les approprier et, en les réarticulant, bricolent les éléments qui leur sont nécessaires. Si la ligne narrative est un combat assez banal et manichéen, elle est ponctuée de détours et de rebondissements truffés d’humour et de références (culturelles et populaires) qui s’avèrent proprement jouissifs et qui témoignent de la richesse (et de la complexité) de l’écriture.

Parallèlement à l’évolution narrative, une hypothèse de mise en abyme s’esquisse peu à peu et loue la force de l’imagination et sa naïveté. Toutefois celle-ci s’impose de manière absolue et monstrative – pour ne pas dire balourde – et ôte à l’ensemble une (grande) part de son charme.

Force est de constater que la réalisation est habile et que l’animation, alliant images de synthèse et effet « Step Motion », est maîtrisée. L’ensemble paraît être un fabuleux bricolage au sein duquel les personnages de plastic prennent vie et jonglent eux-même avec une matière qui semble réaliste. De nombreux effets et autant de trouvailles (comme l’affiche de-ci, de-là de numéros de référence) ponctuent le film en faisant notre joie. Le travail sur les effets sonores, quelques fois aussi surprenant qu’abscons (le bruité « à la bouche »), devient un pur plaisir. Néanmoins le basculement de l’animation vers la fiction traditionnelle, bien qu’esquissé ponctuellement, est d’autant plus perturbant que l’approche est alors franchement affectée. Heureusement la conclusion du film conduit au rire et semble balayer d’un revers de la main ces quelques réserves.

The lego movie - affiche

THE LEGO MOVIE
La Grande Aventure Lego
♥♥(♥)
Réalisation : Phil Lord & Chris Miller
USA – 2014 – 100 min
Distribution : 20th Century Fox
Animation / Comédie / Aventure

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