The Iron Lady

On 06/02/2012 by Nicolas Gilson

Sur base d’un scénario signé par Abi Morgan (la co-scénariste de SHAME), Phyllida Lloyd (MAMA MIA !) offre le rôle exceptionnel de Margaret Thatcher à Meryl Streep. Biopic qui a pour point de départ le fantasme du quotidien de la première et unique femme Premier Ministre britannique, THE IRON LADY, malgré l’admirable interprétation de l’actrice et un scénario intelligent, est un film inégal et quelque peu paradoxal.

Le film se construit selon une dynamique du souvenir et de l’imagination. Celle-ci est motrice : Abi Morgan a imaginé l’intimité de Margaret Thatcher en créant une réelle ritualité liée à son statut d’ancien Premier Ministre. Une ritualité mise à mal dès la séquence d’ouverture afin d’exacerber conjointement le trouble de la protagoniste et du spectateur. L’imagination hante le quotidien de cette Margaret Thatcher qui refuse de faire le deuil de son mari décédé se confortant à le penser à ses côtés. Le titre s’impose d’emblée comme paradoxal : « La Dame de Fer » se découvre au travers de ses failles et des ses troubles, avec, toujours, beaucoup de respect.

Le souvenir, s’il dicte la logique du scénario et permet d’envisager la carrière de Thatcher, devient rapidement plus qu’une ligne directrice un personnage. Le passé trouble, au point de le hanter, le quotidien d’une femme qui doit en faire le deuil. L’entièreté du film se construit sur la logique du ressenti. L’émotion se veut centrale. Un paradoxe souligné par la scénariste dans une séquence pertinente lors de laquelle Margaret Thatcher critique la société actuelle où les sentiments prévalent sur les actes, alors qu’elle a forgé son propre destin à force d’actions.

Mais la faille réside surtout dans les choix de mise en scène opérés par Phyllida Lloyd. THE IRON LADY pêche alors par sentimentalisme de surface malgré les sensations vécues par la protagoniste (lors de ses rêves/cauchemars/souvenirs). Si le ressenti est central, il est sujet à de nombreuses démonstrations sans que jamais le trouble mis en place ne soit contagieux tant il est conditionné. Le film, enrobé musicalement, manque cruellement d’originalité dans les choix esthétiques établis pour la construction de nombreux flash-backs et devient platement démonstratif.

Si la qualité tant du réalisme du quotidien de Margaret Thatcher que de la visualisation de son délire est à souligner, la construction des séquences en flash-back est loin d’être convaincante. La première raison tient de la distanciation mise en place : alors que le moteur de l’action est le regard introspectif de la protagoniste, celui-ci n’est jamais central. Pour mettre en scène la jeune Margaret, la réalisatrice opte pour une coloration rappelant sépia et un univers dont l’artificialité contraste avec le réalisme premier. Cette artificialité se retrouve ensuite au fil des époques sans que jamais la moindre cohérence ne semble s’établir si bien que certaines séquences faisant référence à des images d’archive dénotent proprement – il n’y a aucune cohérence entre le grain des images d’archives et la photographie choisie pour les reconstitutions dont certains « green key » sont plus que visibles.

Le dynamisme du montage, dont la qualité est indéniable, permet d’asseoir la logique voulue par l’écriture première. Il réussit là où la réalisation échoue en donnant vie au trouble de la femme que pourrait être Margaret Thatcher. Un trouble exacerbé par l’interprétation majestueuse de Meryl Streep qui, aidée d’un maquillage convaincant, intègre la gestuelle, l’expressivité et la personnalité de son personnage.

THE IRON LADY
LA DAME DE FER
♥♥
Réalisation : Phyllida LLOYD
UK/ France – 2011 – 104 min
Distribution : Lumière
Biopic / Comédie dramatique

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