The Fifth Estate

On 02/12/2013 by Nicolas Gilson

Après la mise en scène de l’adaptation des derniers volets de la Saga TWILIGHT, Bill Condon s’attaque à celle tout aussi peu flamboyante de l’affaire WikiLeaks. Faute d’un angle d’approche pertinent ou même percutant, il signe une film proprement désolant dans lequel se fourvoient néanmoins avec grâce Benedict Cumberbatch et, dans une bien moindre mesure, Daniel Brühl (qui interprètent respectivement Julian Assange et Daniel Berg). Assommant.

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Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?!

De l’invention de la calligraphie à celle d’Internet, les modes d’expression n’ont cessé d’évoluer. Aussi en guise de mise en condition, Bill Condon ouvre THE FIFTH ESTATE par une séquence hypnotique parcourant moult révolutions et bombardant le spectateur d’images d’archives mettant en scène tant Lady Di que la tragédie du 11 septembre. L’addition d’effets visuels presque stroboscopiques et d’un renfort musical déjà dictatorial lui permettant d’exciter le regard du spectateur en lui faisant prendre conscience du vaste réseau informatique et satellite qui l’entoure…

L’action prend alors place. Nous sommes en juillet 2010 lorsque The Guardian, le New York Times et Der Spiegel s’apprêtent à mettre en ligne une série de révélations « coup de poing ». Entre des images d’archives télévisuelles et des bribes de fiction à dessein peu (ou pas) intelligibles, Bill Condon tente d’exacerber une certaine tension. Mis en condition le spectateur peut alors voyager dans le temps et découvrir les protagonistes en 2007 à l’aube de leurs aventures. Sans doute doit-il alors être prêt à être littéralement gavé tant l’approche est superficielle et elliptique : bien installé dans son siège il peut se laisser aller au rythme de la musique et des effets visuels, et écouter les dialogues qui condensent l’entièreté d’un discours aussi pauvre que caricatural.

Si la réalisation est d’une pauvreté complète – se résumant en un manque total d’originalité et un caractère en tout point (dé)monstratif et artificiel (un de plus) – le scénario que Bill Condon met en scène est tellement superficiel et abstrus qu’il en devient pathétique. Le principal bémol est le point de vue adopté – c’est simple, il n’y en a pas. Adaptation croisée de deux ouvrages*, le scénario écrit par Josh Singer (qui a jusqu’alors signé des séries télévisées) tend dans une premier temps à fondre le spectateur au regard de Daniel Berg avant de le confronter à presque autant d’angles d’approches qu’il n’y a de protagonistes. Et au coeur de ce marasme sinueux, une seule certitude : jamais il n’est donné de rencontrer celui qui se dessine peu à peu comme le principal protagoniste de l’intrigue, Julian Assange. Entre la suprématie des dialogues et les séquences servant à illustrer ce qui est pourtant compréhensibles – au moins le spectateur peut rire – le film se révèle franchement ridicule. A-t-il la prétention de répondre à la moindre question sur Assange ou WikiLeaks qu’il confronte le spectateur à un réel capharnaüm. Plus encore, la séquence finale, franchement grotesque, discrédite l’ensemble du film dont l’approche se révèle d’elle-même bancale !

*Inside WikiLeaks: My Time with Julian Assange at the World’s Most Dangerous Website, Daniel Domscheit-Berg, 2011 /
WikiLeaks: Inside Julian Assange’s War on Secrecy, Luke Harding & David Leigh, The Guardian, 2011

The Fifth estate - affiche

THE FIFTH ESTATE
LE CINQUIEME POUVOIR

Réalisation : Bill Condon
USA / Allemagne / Belgique – 2013 – 129 min
Distribution : eOne
Drame / Thriller

Film Fest Gent 2013 – Film d’Ouverture

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