Critique : The Endless River

On 21/04/2016 by Nicolas Gilson

Rarement déception aura un goût aussi amer. Malgré toute notre bonne volonté, le troisième long-métrage d’Oliver Hermanus est indigeste et risible : un véritable carnage au sein duquel aucun élément n’est épargné. Malgré le sublime de quelques séquences et des quelques plans, l’ensemble est à ce point affecté, elliptique et médiocre que nous pensons au pastiche, à la comédie voire à la satire… mais c’est alors prêter trop d’intérêt à un objet qui n’en a pas. Quoique, à force d’abberrations et d’incongruité, nous le sommes certains, THE ENDLESS RIVER fait figure d’anthologie. Chroniques d’un naufrage.

Le générique

Une improbable composition pour cordes qui n’auraient pas été accordées ouvre le film sur un générique à l’ancienne dont le caractère pompeux est tout à la fois stupéfiant et hypnotisant. Des paysages tous plus mirifiques les uns que les autres se succèdent sans que jamais le texte jaune à l’épaisse police ne nous permette de les admirer. Les plaines et le ciel, les nuances des couleurs demeurent inaccessibles.

LA rivière sans finLa musique ne s’arrête-t-elle pas que l’action s’ouvre avec mollesse. La fixité aiguise nos sens. Deux silhouettes se dessinent dans le champs de vision de deux autres. Nous sommes témoins de retrouvailles molles et silencieuses marquées par le contraste. Un homme et une femme, à l’arrière d’une voiture, s’enlacent tandis que leur visages regardent dans deux directions opposées : si proches et pourtant si éloignés. La froideur devient un maître-mot lorsqu’ils arrivent à destination.

Sautons quelques scènes et oublions déjà un chapitrage qui, nous le verrons, ne sert à rien. Un homme et une femme sont à table avec leurs enfants. Ils mangent sans dire un mot. La tension est palpable. L’homme s’en va au volant de sa voiture. Le silence s’impose alors tandis qu’Oliver Hermanus colle une partition musicale sur une captation maintenant en mouvement. L’ensemble est aérien, sublime au point d’en devenir fascinant. Mais cette fascination glace rapidement l’échine. L’épouse est bientôt agressée, frappée, déshabillée et violée par trois hommes avant d’être abattue par deux coups de révolver. Les enfants, nous en avons la certitude par des taches de sang, sont également morts. La séquence aussi violente soit-elle est magnifique ou du moins tend à l’être si elle trouve son sens au coeur de l’approche esthétique et narrative. Ce ne sera pas le cas.

Chapitre 1 : L’eau pétillante

Les protagonistes sont entrés en scène sous un chapitre dédié à l’un d’eux. Un jeu d’autant plus intrigant que nous n’en avons pas épousé le point de vue. Un constat qui se répétera ensuite. La mise à distance dont témoigne l’approche est radicale. Tandis que deux protagonistes s’imposent comme centraux, Tiny (Crystal-Donna Roberts) et Gilles (Nicolas Duvauchelle), le réalisateur semble les observer comme des lions en cage qu’il affamerait avec sadisme avant de leur jeter de la nourriture.

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Le montage est d’entrée de jeu tellement abscons et la narration tellement morcellaire qu’il est complexe d’évoquer tout scénario sans se moquer de l’ensemble du développement narratif. Des quelques éléments caractérisant les protagonistes, nous retiendrons les larmes et les excès de colère de Gilles d’une part et la tendance de Tiny à se recroqueviller, silencieuse, en position du foetus de l’autre. I should not disturb you. I’m sorry.

Chapitre 2 : Le portrait-robot

A la fixité répond un découpage saisissant d’absurdité (mention spéciale aux plongées vertigineuse) qui semble singer quelques classiques du Western. Nous attendrons en vain quelque virevoltant… Si nous avons un gentil et un truand, nous avons également besoin d’un shérif. Oliver Hermanus nous en offre un impayable interprété par Darren Kelfkens. Il est tellement impassible devant les crises désespérées où s’épuise littéralement Nicolas Duvauchelle que l’ensemble tient alors de la performance.

La pauvreté de la lumière et de la photographie HD laissent à penser au brouillon d’un projet cinématographique tué dans l’oeuf. Nous sommes face à une farce mêlant les essais de l’acteur français dans un garage quelconque à ceux de l’électro chargé de mettre en place l’éclairage tandis que Darren Kelfkens (et sa moustache) se propose d’être présent. George Hanmer, le monteur de SKOONHEID, et le réalisateur font pétiller l’eau plate.

Chapitre 3 : La cuisine italienne

Please join us for the sixth song ! Notre lassitude va de paire avec celles des protagonistes. Comme eux, nous n’apprécions bientôt que la beauté des paysages. Nous sautons d’un plan à l’autre changeant alors d’espace et de temps, sans que le moindre mot ne soit dit, sans envie ni passion (avec comme pour seule compagnie l’exacerbation du pathos). Nous sommes étourdits tant nous ne comprennons pas comment il est possible d’assembler un puzzle dont aucune pièce ne correspond. Do you like italian food ? Yes I love pizza. Avions-nous vécus une aventure avec Oliver Hermanus que quatre ans après SKOONHEID il semble nous grimper dessus avec la fougue évanouie de ses personnages dont les corps s’emboitent sans les conduire à quelque sensation, comme s’ils ne se trouchaient pas.

THE ENDLESS RIVER

Réalisation : Oliver Hermanus
France / Afrique du Sud – 2015 – 110 min
Distribution : Paradiso
Romance désastreuse

Venise 2015 – Sélection Officielle – Compétition
Film Fest Gent 2015 – Compétition

The Endless River - afficheTHE_ENDLESS_RIVER_STILL_4_©-Moonlighting-STU-Productions-Pty-Ltd-2015-All-rights-reserved-1170x486 Shérif - the endless rivermise en ligne initiale le 7/09/2015

 

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