Critique : The Disappearance of Eleanor Rigby – Him & Her

On 26/12/2014 by Nicolas Gilson

Le premier long-métrage de Ned Benson est double : THE DISAPPEARANCE OF ELEANOR RIGBY se développe en deux parties HIM & HER qui, plus qu’être indissociables, se complètent et entrent en dialogue. Le réalisateur s’intéresse au vécu d’un couple selon l’unicité du point de vue de chacun d’eux et ce faisant il parvient à en exacerber la subjectivité. Parallèlement il attise notre attention et trouble nos propres perceptions. Une expérience sensible.

Vivant en couple depuis plusieurs années, Eleanor (majestueuse Jessica Chastain) et Conor (touchant James McAvoy) font face différemment à la perte de leur enfant. Alors qu’il croit en l’équilibre et la pérennité du couple, Eleanor est beaucoup plus sombre. Un jour, elle décide qu’ils doivent se séparer et elle disparaît. HIM nous confond au ressenti et au parcours de Conor; HER à ceux d’Eleanor. Une même histoire, deux récits et l’ouverture vers bien des possibles.

The_disappearance of Eleanor Rigby_Ned_Benson

« Have mercy on me »

Le premier épisode auquel nous confronte Ned Benson s’ouvre sur la complicité de Conor et Eleanor encore jeunes amoureux. Leur légèreté et leur insouciance conduit l’homme à avouer son amour avec un romantisme pour le moins appuyé. Il ne possède qu’un seul coeur, elle doit le ménager. Et le souvenir prend bientôt sens : lorsque Conor est abandonné par Eleanor – du moins le vit-il comme cela –, il est déstabilisé.

Le réalisateur s’intéresse alors à sa réaction et divulgue peu à peu la réalité du couple (quelque fois malheureusement à l’aide d’un dialogue trop discursif). Comment faire face à l’absence ? Lui est-il possible de continuer à vivre dans leur appartement comment ? Et comment réagir lorsqu’il apprend que son meilleur ami l’a aperçue ?

Son quotidien est bientôt rythmé par les soucis de son boulot et les choix qu’il opère afin de trouver un semblant d’harmonie. Mais si l’homme n’est pas prêt à oublier son amour, la disparition de celui-ci n’est-elle par un nécessaire déclencheur ?

HIM épouse le point de vue de l’homme, HER suit sans surprise la trajectoire d’Eleanor. Au contraire de la précédente « projection », celle-ci s’ouvre sans détour sur la fuite de la femme. Certaines des interrogations suscitées à la découvertes de HIM trouvent déjà un semblant de réponse. Alors que Ned Benson développe à nouveau son scénario sans crainte des ellipses, moult scènes et séquences répondent au film premier – la réelle différence repose sur l’apparition ponctuelle de flash-back, traduisant le trajet psychologique d’Eleanor, différent de celui de Conor.

Peu à peu cependant un trouble s’établit et des doutent nous envahissent car au fur et à mesure de son développement, le film n’est pas le banal contre point du précédent. L’un et l’autre film se construisent en fait selon la plus stricte subjectivité des protagonistes. Certaines séquences semblent similaires mais sont imperceptiblement différentes tandis que d’autres inversent proprement le rôle des protagonistes et l’incidence que peut avoir une phrase selon qui la dit et qui l’entend.

Les films entrent ainsi en dialogue : HER devient le contre-champs de HIM, et inversement. Pourrions-nous avoir des doutes quant à la justesse de certains raccords que le contraste, l’erreur apparente (à l’instar de la couleur d’un vêtement) devient en fait l’intérêt même du projet. Plus encore certaines séquences, artificielles et appuyées, trouvent leur justification selon qu’elles ne seraient que la propre projection des protagonistes par rapport à leur histoire, leur ressenti, leurs souvenirs. In fine, l’objet même des films devient ainsi la subjectivité – tant celle des protagonistes que la nôtre !

Bien que l’ensemble est quelque peu bavard, nous ne pouvons que pardonner au réalisateur la superficialité certaine de son approche esthétique. Car s’il est regrettable de ne pas (ou trop peu) ressentir le trouble qui déchire les protagonistes, il parvient à nous (con)fondre à deux variations de point de vue. Recourre-t-il de manière quelque peu systématique à une logique de champs/contre-champs où les changements de focale sont incessant, que cette démarche fait sens. Au-delà il signe quelques séquences proprement troublantes tels les deux finaux où la musique trouble nos propres perceptions et nous conduit à projeter notre propre lecture, notre propre résolution – preuve, si nécessaire, que l’exercice est réussi.

The Disappearance of Eleanor Rigby - Her

THE DISAPPEARANCE OF ELEANOR RIGBY – HIM & HER
♥♥(♥)
Réalisation : Ned Benson
USA – 2014 – 100 min / 90 min
Distribution : Imagine Films
Drame

Cannes 2014 – Un Certain Regard – THEM

The Disappearance of Eleanor Rigby - Him

Mise en ligne initiale le 17/05/2014

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