The Congress – Le Congrès

On 13/08/2013 by Nicolas Gilson

Ari Folman questionne habilement l’évolution et les affres de l’industrie cinématographique tout en semant la confusion sur l’identitaire même. Après VALSE AVEC BASHIR le réalisateur israélien signe avec l’adaptation de « The Futurological Congress » de Stainslaw Lem un film hybride où se rencontrent fiction et animation. Troublant.

Le film se compose de deux parties distinctes mais néanmoins intrinsèques : la première présente l’actrice Robin Wright qui se retrouve face à la proposition d’un ultime contrat celui de se faire scanner et d’accepter d’être ainsi remplacée dans ses fonctions d’actrice par un double virtuel tandis que la seconde la met en scène 20 ans plus tard lors d’un congrès qui prend place dans un univers régit par l’animation.

Le Congrès - Robin Wright

« This is your gate to freedom »

En interprétant son propre rôle dans une version néanmoins virtuelle, Robin Wright permet au réalisateur de mettre en scène sans détour et avec ironie le devenir de l’industrie cinématographique. L’actrice est d’abord confrontée dans une réalité relative à un choix des plus contraignant. L’ultime contrat qui lui est proposé par la Miramount est tout à la fois l’opportunité d’une grande liberté – celle de gagner sa vie sans travailler, de s’occuper de ses enfants,… – et, hormis les clauses spécifiées préalablement dans le dit contrat, celle d’en être privée puisqu’elle ne peut plus interpréter le moindre rôle et n’a aucun droit de regard. Plus encore en acceptant d’être scannée et dupliquée, en livrant l’ensemble de ses expressions et en ne devenant plus que ‘limage d’elle-même, l’actrice perd la possibilité de vivre et de transmettre les émotions qui ont jusqu’alors été le cage de la singularité de son métier, l’une des sources aussi de sa personnalité. Robin Wright devient alors un produit, une vulgaire marionnette. Mais a-t-elle seulement le choix ?

Ari Folman formule une critique acerbe des studios de cinéma et au-delà du devenir de la société de consommation qui nous et se consume peu à peu. Si le caractère artificiel et démonstratif de cette première partie peut paraître regrettable, les enjeux développés sont d’une rare pertinence. Le scénario nous confronte et nous fond au questionnement d’une actrice pour le moins déstabilisée par l’évolution du médium cinématographique qui lui est présentée comme inévitable.

Emplie de sarcasme, l’écriture n’épargne guère l’actrice qui se voit dire et répéter que ses choix de carrière ont été purement catastrophiques. Et si derrière l’ironie c’est le visage cruel de la production et du marché cinématographiques qui s’impose (ces vils producteurs qui courent derrière les prix, et les agents derrière les cachets), Ari Folman rend également hommage aux actrices par le biais de clins d’oeil à l’instar des stars hitchcokiennes tantôt citées visuellement (le célèbre chignon de Kim Novak dan Vertigo), tantôt nominativement (Grace Kelly).

Dès son introduction cette première partie pêche toutefois par excès d’artificialité. La surimportance du dialogue, les effets visuels et sonores, les renforts musicaux ou encore un découpage (doublé d’une dynamique de montage) tout aussi rhétorique qu’éculé relèvent du pur formatage. Cependant au coeur de ce cinéma de studio, tout artificiel, la relation qui lie Robin Wright à son fils esquisse des élans singuliers, sensibles et sensitifs. Le réalisateur fond nos perceptions sonores et visuelles à celle de l’enfant. Un contraste incongru qui fait ensuite sens…

Le Congrès - Robin Wright - Ari Folman

« It won’t be on the table again »

20 ans plus tard, alors que son contrat arrive à expiration, Robin Wright est invitée au Congrès de la Miramount-Nagasaki (évolution notable de l’industrie). Celui-ci se tient dans un hôtel en Abrahama, une zone d’animation, aussi doit-elle absorbée le contenu d’une ampoule qui la transforme en un double animé. En un plan et trois temps, la fiction bascule alors vers l’animation et le génie d’Ari Folman peut pleinement s’exprimer.

Cette seconde partie se vit et se ressent. Le réalisateur nous confronte à un délire visuel qui est tout à la fois celui de l’univers qu’il met en scène et celui de Robin Wright qui perd toute notion d’identitaire à mesure que la notion d’individualité se gomme autour d’elle. Perdue, éperdue dans une réalité qui en est dépourvue, elle est notamment confrontée à ses doubles virtuels – noatmment une bande-annonce déplorable et une interview d’elle-même qui ne sont pas sans rappeler « un certain cinéma industriel ».

Ari Folman nous confronte alors (enfin) avec singularité et sensibilité à l’émoi qui traverse la femme et pousse plus avant la critique déjà bien assise du devenir d’une industrie pour le moins aveugle et mercantile. Formaté, le cinéma peut-il encore offrir au spectateur la moindre évasion ? Le divertissement fait place à la pure consommation. Il n’est plus question de projection : les sensations doivent maintenant se vivre et l’imaginaire s’incarner. Aussi le nouveau contrat proposé à Robin Wright consiste à offrir la possibilité à tous de l’ingérer afin de l’incarner. Et si le congrès bientôt mis en scène a des atours de grande messe, n’est-il pas anodin que le catalogue des enveloppes possibles, outre les stars du septième art, propose les représentations de nombre de divinités.

Le délire hallucinatoire voire hallucinogène mis en scène est à la fois merveilleux et cauchemardesque. Au coeur de celui-ci, Folman joue avec les personnages secondaires et compose des séquences aussi drôles que surprenantes et de nombreux détails font sens. L’incursion de la fiction (ou réalité relative) au coeur de l’animation est cependant plus catastrophique encore que la situation alors mise en scène – merci la pure monstration. Mais qu’importe car, malgré quelques longueurs, le réalisateur parvient à nous emporter vers un ailleurs empli de sens où l’amour d’une mère (ou d’un fils) se déploie de manière troublante. Et puisque « la symétrie contredit l’art », sans consteste, Ari Folman signe une oeuvre artistique aussi riche que singulière.

The_Congress_affiche

THE CONGRESS
LE CONGRES
♥♥(♥)
Réalisation : Ari FOLMAN
Belgique / Allemagne / France – 2013 – 120 min
Distribution : Cinéart
Drame / Animation / Science-fiction

Cannes 2013 – Quinzaine des réalisateurs

The Congress - décors et graphisme

Le Congrès - Ari Folman

mise en ligne initiale le 15/07/2013

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