The Bling Ring

On 11/06/2013 by Nicolas Gilson

Portrait sensible et réaliste, sous des atours superficiels, THE BLING RING questionne brillamment notre société. Inspiré d’un fait-divers relaté par Nancy Jo Sales dans un article du Vanity Fair, le film met en scène une bande d’adolescents huppés qui se sont introduits dans diverses villas de Los Angeles et ont dérobé pour quelques 3 millions de dollars de produits de luxe.

The Bling Ring - Emma Watson

« – Let’s go shopping »

Sofia Coppola compose un film hybride résolument tonique au sein duquel elle assemble des éléments qui transcendent le quotidien des personnages qu’elle met en scène et, au-delà, la réalité d’une pleine génération. L’introduction du film et le générique concentrent, condensent, déjà la trame narrative et les enjeux qui seront ensuite exploités : cambriolage au caractère ludique, discours emporté, pièces à convictions – esquissant l’arrestation et le procès –, internet et ses « réseaux » ou encore tabloïds et, surtout, « people ».

Afin d’asseoir son propre point de vue – et de nous permettre d’avoir le nôtre – la réalisatrice en associe plusieurs : THE BLING RING est ainsi tout à la fois le regard qu’elle porte sur la réalité qu’elle dévoile, l’évocation de l’aventure telle que vécue par les protagonistes à l’instar de Mark (Israel Broussard) ou telle que se l’est réappropriée Nicky (Emma Watson) face aux médias, sous l’angle de la police, celui de l’investigatrice du Vanity Fair ou encore grâce aux images d’archives celui du spectateur lambda. Plus encore, à côté de ces images d’archives, Sofia Coppola insère dans le film une série de clichés photographiques et des renvois aux pages « facebook » des protagonistes afin d’instaurer un dialogue entre fiction et réalité. Un mouvement qui constitue l’essence même du projet.

Si elle nous confronte d’entrée de jeu au fait-divers auquel elle s’intéresse, Sofia Coppola en envisage la genèse. Ivresse de l’adolescence oblige, celle-ci trouve sa source un an auparavant lorsque Mark et Rebecca se rencontrent au Lycée. Fasciné par la jeune-fille et quelque peu couillon, Mark découvre son penchant pour des menus vols alors qu’elle « se fait des voitures » et le partage rapidement. Après tout, ils n’ont qu’à ouvrir une portière pour trouver bien des choses enivrantes. Très vite il est intégré au sein du groupe d’amies de Rebecca. Entourés de Nicky, Sam et Chloé, ils profitent d’une vie nocturne durant laquelle ils boivent plus que de raison et s’exaltent.

The Bling Ring - Sofia Coppola

« – What did Lindsay say ? »

L’excitation du vol est démultipliée lorsque Rebecca avoue à Mark avoir visité une villa. Une des connaissances du garçon est justement absente et Rebecca suggère d’en profiter pour aller chez lui. Ils s’y rendent et la facilité avec laquelle il pénètre la propriété exacerbe leur frénésie. Le jeu est lancé. Rebecca veut-elle se rendre chez Paris Hilton alors qu’elle est à Miami que Mark trouve son adresse. Après tout si l’alarme n’est pas branchée et la clé sous le paillasson… Très vite les deux adolescents sont grisés par l’argent et la drogue qui s’additionnent à une paradoxale consommation d’alcool (curieux pays où les lois semblent si facilement contournables). Ils sont rejoints dans leur délire par leurs amis qui partagent leur effervescence.

Si Sofia Coppola envisage avec acuité l’état d’excitation – mais aussi d’ennui – des protagonistes au point de le transcender, elle l’intègre au sein d’une photographie bien plus complexe qu’il n’y paraît. Ainsi elle dépeint avec économie et un humour glaçant l’absence de modèle familial ou son hypocrisie surréaliste qui le rend au final caduc ou, au mieux, bancal et (volontairement) aveugle. Le modèle de ces adolescents, nourris aux amphétamines et guidés par la prière, est tout autre. Il se compose de luxure et de faste, et se nomme Paris Hilton ou Lidsay Lohan.

L’argent, la drogue et l’alcool ne fascinent pas seulement les adolescents tant ceux-ci les ont intégrés à leur quotidien. Le portrait qu’esquisse la réalisatrice apparaît rapidement bien commun malgré la singularité première de la situation car derrière le fait-divers se cache une réalité trouble où la médiatisation à outrance et le luxe imposent une nouvelle norme, s’érigent comme les absolus auxquels il faut tendre.

The Bling Ring - film d'ouverture Un Certain Regard 2013

Plus encore que mettre à mal tout paradigme familial, la réalisatrice questionne enfin le rôle des médias. L’enquête-même sur laquelle elle s’appuie (« Les supects portaient des Louboutin ») n’est-elle pas symptomatique de bien des dérives ? Ici, c’est le personnage de Nicki qui capte toute notre attention – à l’instar justement de celle des caméras – au sein de quelques séquences, délicieuses, qui posent bien des questions.

Si derrière une apparente futilité le scénario est plus que riche, l’approche esthétique ne l’est pas moins. Les dynamiques de cadrage, de découpage et de montage vont de pair avec l’énergie des protagonistes tout en marquant ponctuellement une distanciation vectrice de sens. Ainsi nous épousons la fougue des personnages tout en étant les témoins critiques de leurs agissements et les spectateurs du théâtre où ils se meuvent – un microcosme qui n’en est pas moins une société commune, la nôtre. En multipliant les sources filmiques, Sofia Coppola entremêle avec brio la diversité des points de vue qu’elle met en scène. Ainsi les images des vidéos de surveillance permettent tout à la fois de suivre les exactions des protagonistes et de découvrir que la police a les preuves nécessaires à leur arrestation tandis que les séquences en « webcam » dessinent la pleine intégration de « l’image » dans le quotidien des adolescents qui ne cessent par ailleurs de se prendre en photos et de mettre les clichés en ligne sans jamais s’en soucier. Et l’une des forces du film est indéniablement le fait que Sofia Coppola ne fait preuve d’aucune systématique dans son approche.

Au soin accordé à la photographie, répond un emploi judicieux de la musique qui sublime l’énergie de nombreuses séquences – et ce dès l’ouverture du film – tout en étant motrice de la caractérisation des protagonistes. Souvent d’ailleurs la musique est intradiégétique, plus que de transcender la réalité des protagnistes, met en place une judicieuse intertextualité. La réalisatrice ne recourt qu’avec parcimonie à une musique aux contours atmosphérique et ce afin de tendre à une sublimation sensible. Si le montage est sans conteste la clé de voute de l’ensemble, les décors ou les costumes – puisqu’il est question d’image – sont eux aussi vecteurs de sens. Et si aucun détail ne semble échapper à la réalisatrice, l’habile direction d’acteurs dont elle fait preuve est étourdissante. L’ensemble du casting est simplement brillant !

The Bling Ring - Cannes 2013

THE BLING RING
♥♥♥
Réalisation : Sofia COPPOLA
USA – 2013 – 90 min
Distribution : Alternative Films
Comédie dramatique /

Cannes 2013 – Sélection Officielle – Un Certain Regard

The Bling Ring - Affiche

The Bling Ring - Homeschool

The Bling Ring

Mise en ligne initiale le 16/05/2013

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