The Artist

On 15/05/2011 by Nicolas Gilson

Avec THE ARTIST, Michel Hazanavicius envisage la transition du cinéma muet vers le parlant sous un angle singulier. Il appréhende ce bouleversement sous le regard de Georges Valentin (époustouflant Jean Dujardin), un acteur qui refuse ce changement signant alors sa propre perte. Au-delà c’est toute l’histoire du cinéma, à une période clé, que le réalisateur met en scène.

D’emblée nous sommes confrontés à une mise en abyme : c’est un film dans le film qui ouvre celui-ci. Un film muet qui condense les codes du cinéma d’alors, jusqu’au recours à l’hypothèse animale. La seule dynamique sonore de cette introduction est musicale et, malgré la visualisation d’un orchestre, s’impose comme extradiégétique. Cela engendre le rire. Nous sommes face à des spectateurs expressifs mais muets, à des réactions contagieuses mais sans son.

La logique qui prend place est de rester dans l’absence de toute dimension sonore intradiégétique. L’acteur entre en scène, salue son public, il le séduit et l’amuse. A travers lui, c’est une époque qui prend vie. La starification est un des enjeux qui va permettre de comprendre la logique des studios qui, déjà, courent derrière le succès commercial. Un succès qui va devoir passer par une révolution : le son.

Geroges Valentin n’y croit pas. Pourtant cela va le tirailler. Le son l’angoisse, le perturbe. Un bouleversement qui est admirablement mis en scène par Michel Hazanavicius, basculant alors dans le sonore, le temps d’une parenthèse onirique qui déjà préfigure la suite…

En refusant de s’adapter au cinéma parlant, Georges Valentin ruine sa carrière. Mais la magie hollywoodienne est de résoudre chaque chose par la dimension amoureuse. Une dimension qui permet au réalisateur de voyager plus avant dans un hommage au cinéma muet tout en développant de manière intelligente les grands enjeux du renouveau cinématographique au début des années 30.

Les choix esthétiques sont plus qu’intelligents : Michel Hazanavicius renoue avec des canons aujourd’hui oubliés dont il magnifie la valeur. Il joue avec de nombreuses techniques cinématographiques, notamment l’éclairage, au point de les employer comme autant d’enjeux et de moteurs narratifs.

THE ARTIST est un film délicieux, qui chante le cinéma en nous offrant la possibilité de traverser le temps, de revisiter l’histoire et de stimuler notre imaginaire. Il montre aussi que la force du cinéma muet est toujours là : à la fois sensitive, sensorielle et sensationnelle. Et que s’il a disparu avec l’avènement du son, il n’en reste pas moins vivant, touchant et troublant !

THE ARTIST
♥♥♥(♥)
Réalisation : Michel HAZANAVICIUS
France – 2011 – 100 min
Distribution : Warner Bros. Entertainment
Comédie / Comédie dramatique
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

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