Terraferma

On 25/04/2012 by Nicolas Gilson

Avec TERRAFERMA, Emanuele Crialese pose un regard critique sur le devenir de la société. Le film a pour décor une petite île dans le sud de l’Italie – celle de RESPIRO. Les habitants de celle-ci vivaient autrefois de la pêche. Maintenant il vivent du tourisme. D’emblée la tradition et la transmission s’effacent au profit d’une donnée à la fois matérielle et vitale. Au décès de son mari, Giulietta décide de passer une ultime saison sur l’île afin de rejoindre la terre ferme et de permettre à son fils, Fillippo, d’évoluer dans la vie, lui qui ne sait pas parler correctement l’italien. Toutefois le jeune homme n’en a que faire. Lui, il aime la tradition, la pêche, la nature encore sauvage – comme lui.

Sa mère a décidé, Fillippo se plie à sa volonté. La maison est préparée pour l’arrivée des touristes. Un formatage discret qui consiste à effacer toute trace du passé qui a nourri le lieu. Neutre et coloré – à l’instar des appartement de la mer du nord, en plus chaleureux. Lorsque les touristes arrivent, le caractère avilissant de ce travail saisonnier est saisissant. Les situations parlent d’elles-mêmes. L’intelligence de l’écriture est là. Peu à peu c’est un amer constat d’évolutions sociale et sociétale qui s’impose. Et dans ce climat précis, Emanuele Crialese insuffle une dimension plus encore universelle. En bateau avec son grand-père, Fillippo découvre un radeau grouillant d’émigrés venus d’Afrique. Les autorités sont prévenues et, alors que cela est contraire au règles italiennes, des émigrés trouvent refuge sur le bateau. Parmi ceux-ci une femme enceinte est sur le point d’accoucher. Elle est accueillie chez Fillippo qui s’est installé avec sa mère dans le garage qui borde leur maison. Un accueil en demi-teinte car le jeune homme et sa mère sont divisés entre leur humanisme et la loi. Et puis, pour le tourisme, ces embarcations sont gênantes…

Les enjeux alors soulevés sont bouleversants. Et peu à peu le parallèle entre les situations prend place. Emanuele Crialese n’a pas peur de jouer la carte de la nostalgie ou de magnifier l’amour pour la nature – à l’instar de la séquence où Fillippo montre le caractère sauvage de l’île (où les animaux qu’il aime sont en liberté) aux touristes qu’il promènent et qui ne voient pas la beauté de la crique où ils vont patauger. Il donne – rend – la parole aux « anciens » qui commentent avec verve le non-respect du code de la mer imposé par les autorités.

Bien qu’il fasse de Fillippo le protagoniste central, Emanuele Crialese nous confronte à plusieurs points de vue afin de nourrir son propos. Un propos quelque fois appuyé esthétiquement (ralentis et autres renforts musicaux) afin que nous percevions l’urgence et l’horreur d’une situation devenue « normale ».

TERRAFERMA
♥♥
Réalisation : Emanuele CRIALESE
Italie – 2011 – 88 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique

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