Critique : Tempête

On 21/04/2016 by Nicolas Gilson

Retrouvant à l’écriture Catherine Paillé, sa complice de toujours, Samuel Collardey s’intéresse avec TEMPETE à la destinée d’un marin qui doit faire un choix entre la mer et sa famille. Dirigeant à nouveau des acteurs non-professionnels, le réalisateur met en scène leur réalité en leur offrant la possibilité d’interpréter leur propre rôle. Au fil d’une approche foncièrement humaine, réalité et fiction se croisent au profit de la seconde, engendrant une sensation singulière dont ressort avant tout la complicité entre ceux qui deviennent les personnages de leur propre vie.

Tempete

Dominique Leborne est pêcheur au long-court, un marin passionné qui fait « le grand métier », affrontant au quotidien une mer houleuse qui le conduit en Islande. Son retour sur la terre ferme, trop bref, il le passe avec ses enfants Matteo et Mailys qui ont choisi de vivre avec lui, chez lui, malgré ses absences répétées. Aussi terrible que soudaine, la grossesse de sa fille le conduit à faire le choix douloureux de changer de cap et de rester à terre.

L’ouverture du film est proprement saisissante, Samuel Collardey impressionnant ses protagonistes dans la complicité des retrouvailles qui rythment leur calendrier. Matteo et Mailys sont fiers d’un père dont ils sont les complices. Mais leur offre-t-il une indépendance que celle-ci les conduit à grandir trop vite : encore enfants et déjà adultes Matteo et Mailys ont avant tout besoin de la présence de leur père. Dominique s’en rend compte à ses dépends lorsqu’on annonce à Mailys une grossesse dont elle fait le déni. Elle à 15 ans. Elle veut garder l’enfant.

Quelques répliques permettent d’asseoir la situation première. Les séquences s’enchainent avec une fluidité pleine de contraste qui pourrait paraître ironique si l’approche n’était pas bienveillante. Samuel Collardey observe ses protagonistes sans porter le moindre jugement avec un humanisme vivifiant. La rencontre avec la gynécologue de Mailys marquera un basculement. L’épure de l’approche et la justesse d’interprétation (dans leur majorité, les acteurs, à l’instar de Dominique Leborne et de sa famille, sont non-professionnels) nous foudroient alors. La fiction semble s’évaporer.

Suit alors le combat d’un père que le réalisateur schématise en quelques grands mouvements comme autant de vagues qui vont et viennent redessinant une situation que l’homme tente de modeler avec pour seule arme l’amour qu’il porte à Matteo et à Mailys. Un combat ordinaire qui devient extraordinaire derrière lequel se tisse une réalité précaire, reflet d’un pan de société, mise en lumière avec acuité par Samuel Collardey.

Le scénario épouse-t-il presqu’exclusivement le point de vue de Dominique Leborne, que le procédé se confronte à ses propres limites. Le film souffre alors d’un paradoxal manque de distanciation flirtant avec le pathos sans toutefois sombrer dans le misérabilisme.Une paradoxale incursion romanesque – notamment musicale – sans doute nécessaire pour conter, avec candeur, la tragédie de l’ordinaire.

TEMPETE
♥♥
Réalisation : Samuel Collardey
France – 2015 – 89 min
Distribution : Le Parc Distribution
Drame

tempete affiche

Venise 2015 – Sélection Officielle – Orizzonti
FIFF 2015 – Compétition Officielle

festival_scope_sala_web_croppedmise en ligne initiale 10/09/2015

TEMPETE, Samuel Collardey

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