Critique : Tango Libre

On 03/11/2012 by Nicolas Gilson

Avec TANGO LIBRE, Frédéric Fonteyne entremêle plusieurs réalités de vie et compose un tableau empli de sensations. Sur base d’une galerie de personnages, il appréhendent de nombreux enjeux sans porter le moindre jugement. Il semble observer ses protagonistes qui eux-mêmes s’observent les uns, les autres. Il compose et décompose une pluralité de sentiments amoureux de l’amitié à la passion, en passant par la relation mère-fils, qu’il met en parallèle avec brio – Le montage de certaines séquences est impressionnant.

JC (François Damiens) est gardien de prison. Son quotidien se dessine avec ritualité dans le respect des règles. Il s’en échappe en se rendant, avec régularité, à un cours de tango. Il y danse avec Alice (Anne Paulicevich), la nouvelle, dont le charme agit, malgré elle, sur lui. JC la revoit ensuite à la prison où elle rend visite à un détenu, puis à un second. Il est intrigué et sa curiosité se confronte à un interdit : il ne peut côtoyer les proches des prisonniers. Pourtant l’amour sincère et affiché d’Alice pour Fernand (Sergi Lopez) et Dominic (Jan Hammenhecker), et la relation de père que ceux-ci semblent entretenir avec son fils, Antonio (Zacharie Chasseriaud) captivent JC au point de le déstabiliser.

Frédéric Fonteyne explose son récit. Il confronte le spectateur à la rencontre de personnages qui vont entrer dans une même dynamique sans en être conscients. JC est ainsi contraint d’exploser la norme qui définit son quotidien. Alice chavire à cause de ses sentiments amoureux. Tous deux sont enfermés dans une routine qui les consomment. Le fils d’Alice, âgé de 15 ans, est en crise et questionne les agissements de sa mère. Fernand et Dominic sont quant à eux enfermés à double titre. Les liens qui les (ré)unissent sont autant de moteurs.

Un élément s’impose comme central : le tango. S’il rassemble Alice et JC, il les divise également , à l’instar du jugement qu’Alice porte sur la manière de danser de JC. Le tango éloigne également Fernand d’Alice – lui qui a toujours refusé de le danser –, avant de devenir le moyen de la comprendre et de la retrouver en cherchant à apprendre à le danser en prison et à dépasser le ressenti de sa jalousie. Il marque également, à travers son rejet, le désespoir de Dominic et il exacerbe l’état de crise d’Antonio. Le titre prend alors tout son sens : il loue l’individualité, la force de l’arbitraire et l’intensité de la passion.

Si le scénario part quelque peu en vrille, la caractérisation des protagonistes – qui se retrouve avec finesse jusque dans les décors et les accessoires – et la richesse des thématiques abordées sont captivantes – Frédéric Fonteyne met en scène avec justesse une forme de « polyamory », appréhende l’homophobie en milieu carcéral, etc. Il accorde une importance au corps qui, au-delà des sensations qu’il transcende, devient un réel vecteur de sens. Il insuffle enfin à TANGO LIBRE un ton empli d’humour dont la légèreté n’est ni gratuite, ni anodine.

TANGO LIBRE
♥♥
Réalisation : Frédéric Fonteyne
Belgique / France / Luxembourg – 2012 – 97 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique / Romance

FIFF 2012 : Compétion Long-métrage – Film d’Ouverture

Mise en ligne initiale le 27/09/2012


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