Syngué Sabour (Pierre de patience)

On 19/03/2013 by Nicolas Gilson

Atiq Rahimi adapte son propre roman au cinéma avec la complicité de Jean-Claude Carrière au scénario. Il met en scène, dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, une tragédie qui n’a malheureusement rien que de banal. SYNGUE SABOUR est tout à la fois le portrait d’une femme et son combat : celui d’une épouse qui peu à peu se meut en celui des femmes.

Syngué Sabour - Pierre de patience

« Ceux qui ne savent pas faire l’amour font la guerre ».

La force du film repose sur la richesse de son scénario qui combine le réalisme d’une situation et la justesse d’un portrait de femme à un axe narratif qui tient de la tragédie. S’il flirte ponctuellement avec une déplorable esthétisation, Atiq Rahimi opte pour une mise en scène à la fois réaliste et poétique.

SYNGUE SABOUR s’ouvre sur un premier mouvement qui assoit décor et situation. Une femme (la sublime Golshifteh Farahani) prend soin de son mari alité et inconscient. Il a été touché par une balle et s’est retrouvé inerte. La femme supplée avec ritualité – captée habilement par le réalisateur – et bienveillance à ses besoins : elle l’hydrate, le nourrit et, dans la mesure du possible, lui assure la tranquillité qui lui apparaît nécessaire. En parallèle, les explosions et les tirs rythment un quotidien qui devient de plus en plus incertain et qui contraint la femme à s’abriter ponctuellement avec ses deux filles en abandonnant alors son mari dans leur logis. Ce premier mouvement – dont le réalisme est esquissé avec brio - met en place tout à la fois le contexte d’une guerre fratricide, une terrible réalité sociale où une épouse dépend de son mari et des dires du Mollah, et le combat aveugle d’une femme pour la survie de sa famille.

Lorsque la femme ne parvient plus à faire face au manque d’argent et à la dangerosité croissante de l’emplacement de sa maison, elle trouve refuge avec ses filles chez sa tante. Celle-ci, dont la condition de prostituée dessine une autre réalité, lui ouvre les yeux et lui conte un récit empli d’une forte symbolique mettant en scène une pierre de patience à laquelle on confie ses secrets dont on est débarrassés une fois qu’elle éclate. Confrontée à l’horreur de la situation pour peu complexe dans laquelle elle se trouve – une situation qui la dépasse tant elle est commune –, la femme la met alors en question.

Le combat de l’épouse fait place à celui d’une femme qui prend peu à peu conscience d’elle-même. Elle continue à rendre visite à son mari et le dialogue établi jusque-là évolue au fil des jours : le femme se confie, se délivre. Elle évoque des moments forts de sa vie et plus que régler ses comptes semble questionner la position de la femme dans la société qui est la sienne. Cette évocation est pour elle tout à la fois une fuite et un refuge que le réalisateur met en scène rompant ainsi la pure logique du huis-clos.

Un basculement s’opère alors lorsque la femme prend, dans la contrainte du viol, conscience de son corps. Elle inverse les rôles jusqu’à maîtriser ce qui lui a toujours échappé. Elle se livre alors sans retenue à son mari qui devient sa pierre de patience. A mesure qu’elle lève le voile sur une réalité qui se dessine comme un destin commun, elle chemine vers son émancipation. Son combat, fait de mots et de réflexion, devient alors celui de toutes les femmes.

Pierre de patience - Syngué Sabour

SYNGUE SABOUR
PIERRE DE PATIENCE
♥♥
Réalisation : Atiq Rahimi
France / Afganistan – 2012 – 102 min
Distribution : Cinéart
Drame

Syngué Sabour - Pierre de patience - affiche

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