Critique : Suzanne

On 06/01/2014 by Nicolas Gilson

Katell Quillevéré livre, sous la forme d’une épopée familiale, un portrait bouleversant. Elle convie le spectateur à découvrir le destin d’une femme et de son entourage tout en s’immisçant avec une juste distance dans leur intimité. Derrière une apparente simplicité, la force des mots et des situations ébranle tandis que l’ensemble du casting, emporté par la majestueuse Sara Forestier, subjugue. Lumineux.

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- Et Pourquoi tu l’as gardé ?
– Parce que j’avais envie.

Suzanne (Sarah Forestier) et sa soeur Maria (Adèle Haenel) grandissent avec Nicolas (François Damiens), leur père, qui les élève seul suite au décès de leur mère. Elle vivent une enfance heureuse et ont une relation complice. Adolescente, Suzanne tombe enceinte et décide de garder l’enfant. Enfermée dans sa réalité de jeune mère célibataire, tandis que Maria a quitté la maison, Suzanne rencontre bientôt Julien dont elle tombe amoureuse et avec qui elle s’enfuit laissant derrière elle son fils Charly et sa famille.

Katell Quillevéré ne conte pas un récit mais impressionne des instants de vie qui composent un riche portrait. Elle balaye plusieurs années et autant de mouvements qui mettent en scène un parcours tout à la fois émouvant et palpitant. Elle trouve dès l’écriture le juste regard pour considérer ses protagonistes tout en en transcendant l’émoi. De l’enfance à « l’âge de raison » de Suzanne, elle résume en une série de moments-clés une tragédie « banale », une destinée.

Malgré la centralité de Suzanne évoquée par le titre, son portrait est multiple. Katell Quillevéré s’intéresse ainsi, au fil des ans, avec finesse aux personnages de Maria, de Nicolas et de Charly. Les gestes et les mots, quelques fois assassins derrière leur simplicité, sont vecteurs de sens et de sensations tandis que de nombreux objets deviennent autant de révélateurs.

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La photographie est tout à la fois fascinante et sensationnelle. Katell Quillevéré donne au film une réelle couleur, chaleureuse et impressionniste. Au coeur d’une mise en scène réaliste, elle confère une place primordiale aux visages de ses protagonistes dont elle se place toutefois à distance ponctuellement comme par pudeur. Le spectateur fait ainsi tout à la fois corps avec les personnages tout en étant le témoin d’un ressenti qui ne peut en somme pas lui appartenir.

Alors que plusieurs séquences se répondent dans l’écriture, la mise en scène devient le miroir de l’évolution des protagonistes. Les années se fondent, se fanent et entrent en dialogue à travers l’espace et les objets à l’instar de la cabine du camion de Nicolas ou de la maison familiale. Le travail sur les décors, les costumes et les accessoires est remarquable tant il s’oublie.

Peut-être l’emploi de renforts musicaux demande-t-il un peu plus de réserve tant quelques appuis se dessinent de-ci, de-là au coeur d’une partition néanmoins organique. Mais cela importe peu tant la réalisatrice témoigne d’une acuité rare et d’un « regard » aussi troublant que pertinent : Katell Quillevéré s’avère être une habile chef d’orchestre (chaque détail ou accessoire compte) et plus encore une admirable directrice d’acteurs.

Sara Forestier, Adèle Haenel ou encore François Damiens sont prodigieux tant ils incarnent sans retenue des personnages à vif tantôt solaires, tantôt dévastés.

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SUZANNE
♥♥♥
Réalisation : Katell Quillevéré
France – 2013 – 94 min
Distribution : Imagine
Drame

Cannes 2013 : Semaine de la critique – Film d’ouverture
Film Fest Gent 2013 : Compétition Officielle

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