Superstar

On 28/08/2012 by Nicolas Gilson

Sans savoir pourquoi, un anomyme (Martin Kazinski) devient soudainement célèbre. Esquissé par Woody Allen dans TO ROME WITH LOVE le sujet laissait le spectateur sur sa faim. Xavier Giannoli le développe sous la forme d’une panade sans grande consistance. Aussi SUPERSTAR ne rime pas avec super film.

« Et pourtant, un matin, tout bascule. »

Le film s’ouvre sur un état d’alerte. Martin Kazinski (Kad Merad) est conduit par Fleur (Cécile de France) sur le plateau de l’émission dont elle est productrice. La jeune femme tente de le protéger des flash des paparazzi qui l’attentent en nombre. Qui est-il ? Pourquoi cet engouement ? Pourquoi cet empressement ? Martin aimerait bien le savoir. La construction du film conduit à découvrir peu à peu ce qui lui est arrivé, ce qui lui arrive. Une complexification scénaritisque toute démonstrative qui a cependant l’intérêt de capter l’attention du spectateur grâce à une ouverture interpellante. Mais il est regrettable de constater que le scénario, où prennent place des rebondissements quelques fois pathétiques et des bulles romanesques sans réel intérêt, s’épuise de manière irrémédiable…

Le réalisateur dresse un portrait sans surprise d’une société en perdition où la starification à tout va et la course éperdue à l’audience font peine à voir et s’avèrent effrayantes. Si le sujet est fort et interpellant, Xavier Giannoli esquisse un constat franchement condescendant. Plus encore, il ne répond jamais à la question qu’il pose tout au long du film et semble, in fine, se mordre la queue.

Les effets démonstratifs sont présents d’entrée de jeu à l’instar de la musique qui s’avère conditionnante et proprement dictatoriale. Etrange procédé alors qu’il est justement question de dénoncer la manipulation que peuvent exercer les médias sur le public… Toujours est-il que le réalisateur semble parfaitement maîtriser les possibilités offertes par le médium cinématographique afin d’exacerber le désarroi du spectateur et d’attiser son attention.

Quelques séquences valent le détour. Mais au-delà des questions qu’il pose, le seul réel intérêt du film est l’interprétation de Kad Merad. Il donne à son personnage « banal » une étrange aura emplie d’humanisme et de détresse qui ne peut qu’être touchante. Il est une touche de finesse au coeur d’un film qui en manque cruellement. Ainsi Cécile de France interprète brillamment un personnage aux traits par contre bien épais…

La caricature est en fait poussée à l’extrême si bien que les seconds rôles permettent la mise en scène de tous les clichés possibles tant par rapport au milieu de la télévision (animateur, producteurs, invités – minables – de talk show,…) qu’aux « petites gens » – des petites gens qui conduisent à un dérangeant sentiment de misérabilisme tant Xavier Giannoli témoigne de balourdise dans la définition de ces personnages et dans la direction de la plupart de ceux qui les interprètent.

La caractérisation du personnage à qui donne vie Cécile de France fait toutefois sens : la jeune productrice est enfermée dans une relation des plus caricaturale avec son responsable qui lui promet de la faire passer du statut de maîtresse à celui d’épouse… Et qu’importe que cet homme se révèle inhumain, manipulateur et versatile, qu’importent aussi et surtout les idéaux de la jeune femme : Fleur croit au prince charmant et celui-ci doit correspondre aux dictats véhiculés par la société, il doit donc être riche et avoir un certain pouvoir. Fleur, la douce et gentille productrice, est donc une princesse du quotidien ou une écervelée aux désirs tout formatés. Et à l’inverse Martin ne peut que tomber amoureux d’elle tant elle est douce et confiante, tant elle est maternelle aussi. Et dans les contes, les crâpaux ne se transforment-ils pas en princes ? Martin a sans doute le droit de rêver. Et Fleur ne peut qu’évoluer ! L’histoire ne dit pas si la société, elle, peut y parvenir…

SUPERSTAR

Réalisation : Xavier GIANNOLI
France / Belgique – 2012 – 113 min
Distribution : Cinéart
Drame

Comments are closed.