Stories We Tell

On 06/08/2013 by Nicolas Gilson

Des secrets de famille, cela n’a rien que de banal. Et si cette vérité rend d’emblée universel le sujet abordé par Sarah Polley dans STORIES WE TELL, l’approche envisagée est brillante : femme de cinéma, elle a conscience de la subjectivité du regard dicté par le médium-même, et dès lors elle la met en scène.

Stories we tell - image d'archive familiale

Sous les atours du portrait de sa mère décédée alors qu’elle était encore une jeune enfant, Sarah Polley met à nu une vérité faite de hasards et de plaisanteries, d’échos et de rumeurs. Elle en rassemble les témoins, directs et indirects, et leur demande de livrer leur version d’une histoire qu’elle s’approprie plus avant mais qui, déjà, est la sienne.

Elle esquisse une première genèse, celle de la rencontre entre ses parents, celle de la naissance d’un amour qu’elle a fantasmé et qu’elle met en scène. Elle tente de définir la personnalité d’une femme, d’un couple et, au-delà, transcende une réalité à la fois sociale et sociétale. Qui était sa mère ? Sarah Polley questionne ses frères et soeurs, des amis mais aussi et surtout son père. A l’origine, il y a ainsi le portrait d’une femme qu’elle n’a connu, ne connait vraiment, qu’au travers du regard des autres, de leurs souvenirs, de photographies ou d’images filmées. La mère de (pour) Sarah Polley est une impression.

D’entrée de jeu, la manipulation dictée par la démarche est mise en scène : la réalisatrice place les témoins dans un décors, leur demande de se livrer,… Mais cette première mise en abyme (dont résulte un dialogue intéressant entre Sarah et certains témoins) se combine à d’autres qui composent peu à peu la singularité de l’approche. Le film s’ouvre sur un commentaire en voix-over qui se révèle être le texte écrit par la père de Sarah et qui conte sa version de l’histoire dévoilée. La réalisatrice met en scène l’enregistrement-même du texte, ses demandes à la table de mixage et différentes prises mettant en scène l’appropriation opérée.

La mère fantasmée reprend vie afin d’illustrer certains propos mais aussi et surtout d’asseoir la projection réalisée par Sarah quant à une réalité qu’elle n’a pas, n’a pu connaître directement. Au coeur du documentaire se mêlent ainsi des images d’archives et des séquences mises en scène qui seront l’objet d’une autre mise en abyme afin de rendre à l’ensemble toute sa légitimité.

Réel leitmotiv ces fausses images d’archives tendent à l’épuisement : elles sont la vision de Sarah Polley, celle composée de récits, du souvenirs de ceux-ci et des impressions. Elles sont une image. La force indéniable du film est de dévoiler la subjectivité propre à chaque témoin : les souvenirs des uns sont ainsi confrontés à ceux des autres (jusqu’à la contradiction), les vérités se définissent sous l’éclairage de la pluralité des regards et offrent à Sarah Polley la possibilité de se faire une idée qui n’est autre, au final, qu’une perception. L’ensemble n’est-il pas, d’ailleurs, la résultante de sa propre subjectivité. Le montage devient une habile ligne d’écriture et permet à la réalisatrice d’ancrer un jeu de révélations (tant sur le fond que sur la forme) et d’attiser l’attention du spectateur à qui elle dévoile peu à peu une singulière histoire.

Stories We Tell - affiche

STORIES WE TELL
♥♥♥
Réalisation : Sarah POLLEY
Canada – 2013 – 108 min
Distribution : A Film
Documentaire / Essai

StoriesWeTell

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