Still Walking

On 27/05/2009 by Nicolas Gilson

Sortie du Film Still Walking de Kore-Eda HIROKAZU

« Une journée d’été à Yokohama. Une famille se retrouve pour commémorer la mort tragique du frère aîné, décédé quinze ans plus tôt en tentant de sauver un enfant de la noyade. Rien n’a bougé dans la spacieuse maison des parents, réconfortante comme le festin préparé par la mère pour ses enfants et ses petits-enfants. Mais pourtant, au fil des ans, chacun a imperceptiblement changé… Avec un soupçon d’humour, de chagrin et de mélancolie, Kore-Eda nous donne à voir une famille comme toutes les autres, unie par l’amour, les ressentiments et les secrets. »

DE LA DIVERSITE DU PRISME FAMILIAL

Le travail du deuil abordé dans le film de Kore-Eda Hirokazu est double. S’il établit la raison même de la réunion des différents protagonistes – qui célèbrent l’anniversaire de la mort d’un de leur proche, il esquisse aussi l’inévitabilité de la tragédie même de toute vie : sa fin. La réelle force du film est de transcender un sentiment étrange, celui du non-dit lié à l’amour filial à la fois irrationnel et obligé.

L’angle d’approche s’établit selon la dominance du regard d’un des protagonistes ; le fils encore en vie. Cela nous permet d’appréhender le récit filmique dans sa complexité, de percevoir le sens des silences et les enjeux dramatiques qui unissent et désunissent chaque membre de cette famille diversement et douloureusement éclatée. Si un point ce vue domine, il n’est cependant pas le seul qui nous permette d’appréhender les tenants et les aboutissants de ce noeud d’affects. Le réalisateur parvient à nous confronter à la diversité du prisme familial en gardant une distance réellement pudique. Il guide notre propre regard en mettant en scène le ressenti de chacun des protagoniste, en aparté, simplement et sobrement.

La captation des gestes et l’importance donnée aux objets au sein de celle-ci esquissent un réalisme qui contraste face au caractère foncièrement poétique de l’approche même du sujet. Un contraste doux où la retenue dans l’interprétation de chacun des acteurs est pleine de sens. Si dès l’ouverture du film nous sommes plongé dans cette atmosphère à la fois tendue et poétique, peu à peu se met en place une dynamique de confrontation où le silence semble toujours l’emporter. Une frustration certaine s’en suit, car notre code de lecture n’est culturellement pas celui du réalisateur. La place du mort et de la mort dans la culture japonaise nous semblent bien particulières.

Toutefois l’universalité du propos ne peux que nous conduire à nous fondre au coeur des méandres de cette famille. Car transcende l’étrange impression de similitude dans les rapports humains. Les attentes des uns et les doutes des autres conduisant amèrement à l’établissement d’une distance relationnelle dont le caractère indépassable est mis à mal par un brillant réalisateur.

Still Walking est un film à la fois éprouvant et envoûtant, qui nous invite à pénétrer un microcosme familial particulier et qui nous conduit au-delà à découvrir les rituels culturels japonais et les rapports que ceux-ci peuvent engendrer.

STILL WALKING
**
Réalisation : Kore-Eda HIROKAZU
Japon – 2008 – 115 min
Distribution : BFD
Drame
Enfants admis

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