Critique : Still Alice

On 16/03/2015 by Nicolas Gilson

Quatrième et ultime collaboration entre Richard Glatzer* et Wash Westmoreland, STILL ALICE met en scène, sous forme de chroniques, le récit poignant d’une femme atteinte d’un Alzheimer précoce. De la découverte d’un banal trouble de la mémoire à la disparition des fonctionnalités de cette dernière, chaque étape de la maladie est appréhendée avec une juste distance faisant de nous les témoins du trouble qui bouleverse Alice et son entourage. Incarnant cette héroïne ordinaire, Julianne Moore livre une prestation remarquable.

Yes, it was about love

Professeur de linguistique à Harvard, Alice Howland, qui vient de célébrer son cinquantième anniversaire, fait face à quelques trous de mémoire. La situation l’inquiète sans l’alarmer jusqu’au jour où elle perd son chemin alors qu’elle fait un jogging à deux pas de chez elle. Elle consulte un médecin qui lui annonce un diagnostic sans appel. Interdite, Alice doit annoncer à sa famille qu’elle est condamnée par un Alzheimer précoce.

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Le film s’ouvre sur l’anniversaire d’Alice (Julianne Moore) qui est entourée de sa famille au restaurant. La scène n’a rien que de banal. Les conversations, où semble se glisser un lapsus, esquissent les caractères tandis que les interactions laissent transpirer les différents degrés de complicité entre les uns et les autres. Ce parfait paradigme familial comporte une seule ombre, l’absence de la fille cadette, Lydia (Kristen Steward).

Déjà les réalisateurs soulignent une légère confusion dans le discours de la mère de famille qui semble confondre sa fille avec sa soeur. Une ellipse conduit à retrouver Alice lors d’une conférence dans la ville où habite justement Lydia. Alice ne parvient plus à trouver ses mots alors que ceux-ci sont pourtant l’objet de ses recherches. Le trouble est ici souligné. Encore étonnée, elle rend visite à sa fille qui ne l’accueille guère chaleureusement. De retour chez elle, tout bascule. Alors qu’elle pose un acte routinier, Alice perd tous sens de l’orientation jusqu’à oublier où elle se trouve. Une nouvelle ellipse permet alors aux réalisateurs de nous confronter à Alice alors qu’elle consulte un médecin. Sa mémoire est alors assurée mais Alice n’est pas rassurée pour autant, le diagnostic doit encore être posé.

John Black, 42 Washington Street, Hoboken

Après cette mise en place, le film se construit en deux mouvements – ou deux phases. Le premier est celui de la découverte du diagnostic et de son évocation auprès de sa famille, le second consiste à faire face à la maladie, s’y résoudre sans pour autant s’y soumettre.

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L’approche est légèrement distanciée. Se basant sur le livre éponyme de Lisa Genova, Richard Glatzer et Wash Westmoreland appréhende le trouble d’Alice en s’en faisant tout à la fois les témoins et les complices. En objectivant quelque peu sa dégénérescence, ils parviennent à exacerber son ressenti sans pour autant sombrer dans le pathos.

Au fil d’un scénario à la construction habile, ils développent quelques épisodes qui, en parallèle de l’évolution d’Alice et de sa maladie, esquisse l’ébranlement de toute une famille. Confondant le passé et le présent, Alice se perd dans les tréfonds de sa mémoire. Certaines séquences sont bouleversantes, d’autres certainement trop écrites – à l’instar d’un discours à l’élan trop appuyé – toutefois la trame narrative fait mouche, au-delà de la maladie ou de la mort annoncée, notamment par les liens qui se tissent entre Alice et Lydia.

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Parait-elle policée et académique que la réalisation est intelligente, presque rhétorique. Optant pour un cadre le plus souvent mobile, Richard Glatzer et Wash Westmoreland saisissent Alice au fil de ses émotions – jusqu’à ponctuellement nous fondre à elles. Ils jouent avec les focales, brouillant diversement l’image, afin d’exacerber le trouble ressenti. Parallèlement, la musique souligne la tension sans devenir platement atmosphérique ni larmoyante – contrairement au placement de produits, nous pourrions presque l’oublier.

Mais force est de constater que le point fort du film – et qui offre à cette fresque toute sa sensibilité – réside dans la qualité d’interprétation de l’ensemble du casting. Si Julianne Moore est sublime dans le rôle d’Alice – les nuances de son jeu ne cessant d’évoluer – Alec Baldwin qui campe son mari ou encore Kristen Steward sont des partenaires de choix qui rendent crédibles et troublantes des scènes trop entendues voire affectées.

*Atteint de Sclérose latérale amyotrophique, Richard Glatzer est décédé le 12/03/2015.

Still Alice - Poster - affiche

STILL ALICE
♥♥
Réalisation : Richard Glatzer & Wash Westmoreland
USA – 2014 – 101 min
Distribution : ABC Distribution / September Film
Drame

Oscar 2015 de la meilleure actrice pour Julianne Moore

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