Critique : Steve Jobs

On 03/02/2016 by Nicolas Gilson

Adaptation de l’ouvrage éponyme de Walter Isaacson, STEVE JOBS propose au rythme de trois séquences temporelles de partager l’angoisse et l’adrénaline du fondateur d’Apple. Sur base d’un brillant scénario écrit par Aaron Sorkin, Danny Boyle signe un portrait sans concession qui se meut en un étourdissant voyage à travers le temps dans lequel Michael Fassbender et Kate Winslet sont remarquables.

Steve Jobs - 1984

En 1984, Steve Jobs est persuadé qu’il va révolutionner le monde avec le lancement du Macintosh. Mégalomane invétéré, il se croit messie et Dieu tout à la fois. Mais juste avant que la grande messe ne démarre la voix de l’objet novateur s’enraye. Nous propulsant dans les coulisses de l’événement, où s’entremêlent et s’entrechoquent la vie professionnelle et personnelle de Jobs, Danny Boyle transcende proprement sa personnalité. Pour la mettre à nu, il orchestre trois mouvements qui deviennent le reflet d’une époque, de l’évolution d’un génie auto-proclamé et, in fine, de la révolution effective qu’il a engendré.

We can’t start late

Force est de constater que la richesse de STEVE JOBS repose sur l’art de son scénario et l’acuité de Danny Boyle à moduler sa mise en scène afin de faire corps avec les vertiges auxquels est confronté le protagoniste. Quoique alimentée avec grande parcimonie par des flash-backs (qui portent plus que jamais bien ce nom), l’évolution narrative s’opère au fil de trois séquences qui, par effet de répétition, permettent d’ancrer une ritualité et dès lors d’exacerber le comportement de Steve Jobs, son intimité. Se répondant par jeu de miroir, les lancements « successifs » du Macintosh, de Next et de l’iMac sont développés sans systématisme tant narratif qu’esthétique, à l’exception toutefois de la musique qui se révèle être une composition qui vivre selon le ressenti de Jobs tout en s’en distanciant savamment. Enfin un Biopic où le protagoniste se révèle sans se raconter ni être platement raconté (et où les personnages secondaires ont du corps… et une âme).

Steve Jobs Michael Fassbender

Témoignant de nombreux traits d’humour, Aaron Sorkin met en place un jeu avec le spectateur au-delà de la dimension temporelle. Il tourne ainsi à la dérision la mégalomanie du protagoniste tout en soulignant son caractère « voyant », les utilisateurs Apple comme ses détracteurs partageant les mêmes ricanements – voire de réels éclats de rire. Il fond à la dynamique même d’écriture la philosophie de Jobs, Think Different, afin d’inviter le spectateur – observateur – à être critique. Une dynamique qui ne cesse de nourrir des dialogues d’exceptions, percutants et incisifs, éloquents mais jamais rhétoriques (sauf peut-être lorsque Steve Jobs s’adresse à son propre public).

S’il est important de souligner l’efficacité et l’intelligence du montage (malgré quelques rares redondances qui ont toutefois l’intérêt de souligner le culte que le protagoniste se voue peut-être à lui-même), la justesse d’interprétation de l’ensemble du casting – et son évolution – est la clé de voute du projet qui sans le talent de Michaël Fassbender et de Kate Winslet se serait effondré.

STEVE JOBS
♥♥(♥)
Réalisation : Danny Boyle
USA – 2015 – 122 min
Distribution : Sony
BiopicSteve Jobs affiche

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