Critique : Spectre

On 03/11/2015 by Nicolas Gilson

Après s’être approprié avec brio l’univers de l’agent 007 avec SKYFALL, Sam Mendes relève avec élégance le pari de signer un second opus et de clore (peut-être) la saga. Fort d’une approche esthétique offrant au film d’action ses lettres de noblesse, le réalisateur britannique flirte avec le kitsch et renoue ainsi, avec flegme et une certaine désinvolture, avec l’humour caractéristique de Bond que d’aucuns (moins capables) avaient trouvé trop désuet.

The dead are alive

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Avant même la mise en place de l’intrigue et la traditionnelle séquence d’ouverture, Sam Mendes capte notre attention avec un double intertitre : « La mort » se muant en un avertissement, « les morts sont vivants ». L’explosivité de la partition musical dicte la dynamique première. Dans les rues de Mexico, alors que l’on fête les morts, un homme marche à contre courant. Un couple le suit, pénétrant bientôt dans un hôtel avant de se glisser dans une chambre. Retrouvons-nous James Bond (Daniel Craig), séducteur et taquin, que l’excitation domine notre amusement. La scène se développe sous nos yeux au rythme d’un plan séquence (ou prétendument) bluffant. Le montage, au fil d’un banal champs/contre-camps, nous agacera autant qu’il attisera notre tension avant que l’action proprement dite ne prenne place. Le caractère excessif de l’écriture s’impose pour notre plus grand plaisir alors que James Bond semble lui-même amusé par son acuité à s’en sortir indemne. Lorsque le générique s’impose – véritable clip musical au caractère métaphorique qui ne livre ici que d’obscures indices – une série de questions nous tiraille (ou pas) : Pourquoi James Bond s’est-il rendu au Mexique ? Qui devait-il y tuer ? Pour quelle(s) raison(s) ?

M (Ralph Fiennes), nouvellement nommé, n’obtient guère de réponse ; pas plus que C (Andrew Scott) à la tête du MI-5 pilotant maintenant le MI-6. Et bien que Moneypenny (Naomie Harris) reçoive la confiance de Bond, elle n’est guère plus éclairée que… lui. C’est que l’agent a découvert un message de M – l’autre – lui confiant une ultime mission : assister au funérailles de Marco Sciarra. Avec pour seul indice une bague où est gravée une pieuvre, Bond se rend en Italie…

« What do we do now ? »

Léa Seydoux Spectre

Ecrit à huit mains, le scénario mettant en scène le héros de Ian Flemming est proprement intelligent. S’il conduit irrémédiablement à quelques longueurs tant les enjeux, tissés avec soin, sont nombreux, il a le mérite non seulement de nous tenir en haleine d’un bout à l’autre de l’intrigue – quitte à nous agacer – mais aussi de boucler une série aux suspensions (suspens?) souvent hasardeuses (jusqu’à SKYFALL et son final crispant). Nourrie d’humour, l’écriture offre la possibilité à Sam Mendes de s’amuser dans la mise en scène de séquences plus savoureuses les unes que les autres. Au-delà, les questions soulevées – notamment sur la surveillance ou le terrorisme – nous contraignent à faire face à de réels enjeux sociétaux tandis que, flirtant avec l’objectualisation, la position de la femme la dépasse fort heureusement.

Aux commandes, Sam Mendes est un habile chef d’orchestre. Entouré cette fois de Hoyte Van Hoytema à la photographie et de Lee Smith au montage, il retrouve bon nombre de collaborateurs avec lesquels il a travaillé sur SKYFALL à l’instar du compositeur Thomas Newman. Ce dernier habille le film de part en part d’une musique qui ne cesse de renvoyer au thème original comme s’il rythmait l’ensemble de l’action. Le jeu de variations musicales est d’autant plus impressionnant qu’il participe au caractère suranné de l’approche générale. Alors que la musique est sans cesse présente, elle semble s’effacer pour laisser place à l’action ou à l’émotion qu’elle souligne ensuite avec une exagération dont le caractère grandiloquent nourrit la tonalité distanciée dont peut se targuer Sam Mendes. Une tonalité également renforcée par la dynamique d’interprétation.

D’entrée de jeu, Daniel Craig établit une complicité avec le spectateur en faisant preuve d’une distanciation certaine. Est-il James Bond que ce dernier n’en a pas moins conscience du degré de (in)vraisemblance de certaines situations. Oscillant entre plusieurs degrés, la direction d’acteur devient l’une des forces du film. De Ben Whishaw à Christoph Waltz et de Monica Bellucci à Léa Seydoux, tous les comédiens ont conscience de l’ambivalence de leurs personnages mais aussi du scénario et, in fine, d’un genre en soi : « le James Bond ». Et autant dire que SPECTRE est servi aux petits oignons.

SPECTRE
♥♥♥
Réalisation : Sam Mendes
USA / Royaume-Uni – 2015 – 150 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Action / Aventure

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