Snowpiercer

On 11/03/2014 by Nicolas Gilson

En signant l’adaptation du roman graphique « Le transperceneige »*, Bong Joon-Ho propose un film empli d’humour qui derrière ses atours de pur divertissement fait froid dans le dos. Servi par un casting d’exception SNOWPIERCER est une parabole tout à la fois sarcastique et mélodramatique mettant en scène un microcosme qui n’est autre que l’humanité entière. Spectaculaire.

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« Know your place, keep your place : be a shoe »

En 2031, après qu’une expérience climatique a mal tourné, la planète est entrée dans une ère glacière dévastatrice. Les derniers survivants sont à bord du Transperceneige, un train gigantesque qui se veut arche allégorique. Les élites qui ont acquis des billets de première ou de seconde classe sont placés dans les wagons de tête tandis que les classes inférieures sont logées de manière misérable en queue de train. Les premiers dominent et imposent leurs règles sous forme d’un prêchi-prêcha aux connotations bibliques. Mais la colère gronde et, menée par l’un des siens, la troisième classe se révolte.

Bong Joo-Ho fond avec acuité en un seul opus les trois volumes de la série romanesque. Il ouvre son film sur une très brève introduction esquissant, entre un travail sonore et un recours à quelques intertitres, la réalité relative à laquelle il nous invite d’adhérer. Il nous confronte alors au quotidien des miséreux qui vivent à l’arrière du train. Et à mesure qu’il dévoile leurs conditions il nous rend complice de Curtis (Chris Evans), le leader d’une révolte en devenir. L’univers mit en place est-il apocalyptique que le réalisateur jongle habilement avec les clichés afin d’exciter notre attention. Les intentions des protagonistes sont-elles claires qu’il parvient à nous rendre partisans de leur soulèvement.

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Ce premier mouvement est déjà nourri de contrastes entre le statut des privilégiés, défendu par un corps militarisé, et celui de cette troisième classe qui ne serait que vermine. Toutefois la réussite du réalisateur est d’insuffler, déjà, une tonalité singulière nourrie de sarcasmes et incarnée notamment par « la Ministre Mason » interprétée par Tilda Swinton. Si nous sommes acquis à la cause de Curtis et des siens lorsque la révolte prend place, nous découvrons, comme eux, le train et sa réalité à mesure qu’ils avancent de voiture en voiture. Et si la finalité de l’action demeure apriori la rébellion, Bong Joo-Ho compose avec de nombreux basculements et changements de ton qui donnent au film une véritable énergie et lui confèrent une valeur allégorique au-delà d’un pur manichéisme et de simplistes enjeux de classes. Le transperceneige devient d’ailleurs une religion et son créateur Wilford, pourtant bien vivant, apparaît telle une divinité : les notions de pouvoir et d’humanité s’affrontent et se révèlent pernicieuses.

L’ensemble des modulations stylistiques s’inscrivent au sein de l’approche esthétique avec une fluidité détonnante. Le réalisateur jonglent habilement avec les styles et les genres passant sans heurt du strict film d’action àun genre proprement burlesque ; du premier au dixième degré. S’il construit de-ci, de-là de réels tableaux visuels (les décors, les costumes et les effets spéciaux sont superbes), ceux-ci ne semblent jamais purement esthétisants et apportent une nouvelle couleur à la parabole qu’ils nourrissent. Fin artificier – la photographie est sublime –, Bong Joo-Ho compose peu à peu un voyage des plus jubilatoire, virevoltant et captivant mais aussi hilarant. Et, au-delà de toute logique, nous sommes bien crédules au point d’en redemander !

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Parmi les brillantes idées du cinéaste, le casting mêlant les nationalités et les langues est délectable. Si Tilda Swinton donne vie à un impayable second rôle, l’ensemble de la distribution est splendide. Chris Evans a eu raison de ranger son bouclier de Captain America tandis que John Hurt, Octavia Spencer, Song Kang-ho ou Jamie Bell sont autant d’atouts pour séduire un public varié qui ne peut qu’être enchanté

Si l’ensemble peut paraître tantôt sirupeux et démonstratif au point de tendre à un certain pathétisme – toutefois les sentiments alors exacerbés ne témoigneraient-ils pas de l’ironie du réalisateur –, le film est in fine un pur régal tant du point de vue de la forme que du fond.

*Le Transperceneige – Jean-Marc Rochette, Benjamin Legrand et Jacques Lob – Ed. Casterman – 1984

Snowpiercer trailer 5

SNOWPIERCER
Seolguk-yeolcha
♥♥♥
Réalisation : Bong Joon-Ho
Corée du Sud – 2013 – 126 min
Distribution : RIL / Victory Production
Action / Fantastique / Drame

Berlinale 2014 – Forum

Snowpiercer - affiche

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Snowpiercer trailer 4

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