Critique : Slow West

On 09/11/2015 by Nicolas Gilson

Truculent premier long-métrage que SLOW WEST brillamment écrit et dirigé par John Maclean. Revisitant le genre du Western, le réalisateur britannique signe une satire savoureuse où la Conquête de l’Ouest devient le prétexte à critiquer la « civilisation » occidentale. Le tout avec humour, malice et une pointe de romantisme âprement mis à mal. En un mot : savoureux !

Until the advent of civilization…

Il était une fois, en 1870 comme le précise le narrateur, Jay Cavendish, un jeune romantique au coeur pur, trop bien élevé et rêveur, qui chevauchait vers l’Ouest dans le but d’y retrouver sa dulcinée, Rose. En chemin, Silas (le narrateur) lui sauve la mise et lui offre – enfin lui vend – sa protection. Une rencontre loin d’être fortuite puisque l’intrépide est un chasseur de prime dont Jay ignore le dessein : mettre la main sur sa belle, morte ou vive.

SLOW-WEST_rencontre

Si d’entrée de jeu, par le principe de l’évocation, notre regard est fondu à celui de Silas, Jay s’impose comme le protagoniste principal. Nous découvrons le jeune homme dans sa naïveté. Sous un ciel étoilé, il rêvasse, fantasmant le visage de celle qui lui a volé son coeur. Pense-t-il que l’amour le fera voler à travers l’Ouest, qu’il se rend bien compte qu’il n’en est rien, bientôt pris dans un guet-apens tendu par des chasseurs de peaux-rouges… La rencontre qui s’en suit avec Silas ouvre sur une dynamique humoristique qui n’aura cesse d’être développée, offrant au film plusieurs degrés de lecture.

Le décalage entre les deux personnages crée une dynamique de duo improbable d’autant plus délectable que nous devenons les complices du « bad guy », dont nous connaissons les intentions, tout en partageant le ressenti de Jay – perdu, comme nous, en une terre inconnue. Au fil du développement narratif, la conquête de l’Ouest est singée avec brio. En étant un véritable film de genre, SLOW WEST se moque des codes tout en se faisant la satire d’un cinéma qui s’est trop souvent et trop facilement émancipé du moindre réalisme. Le trait est épais à dessein ; notamment dans la caractérisation des personnages et dans l’absurde ou la surenchère de certaines situations.

Slow West Fassbdneder

Tournant l’excès de virilité à la dérision jusqu’à flirter avec l’homo-érotisme (lorsqu’un autre chasseur de primes, Payne, entre en piste), John Maclean offre aux très rares personnages féminins un identitaire, rebelle et résolu, lourd de sens. Et à mesure que Jay et Silas traversent les pleines et croisent d’autres individus, il met en question la notion même de civilisation – un élément souligné lors d’un pétaradant final.

Sure Kid, have a biscuit.

Au-delà, le réalisateur travaille sur la notion même du récit, créant une dynamique originale où deux personnages, facettes opposées d’une même pièce, apparaissent être le protagoniste de l’intrigue. Pourtant au second plan, Silas nous conte l’histoire de Jay en s’en distanciant ponctuellement. Toutefois l’approche esthétique tend à nous fondre pleinement à l’émotion de l’amoureux transit. Est-il le héros du récit qu’en un regard ou une réplique Silas lui vole le statut…

Slow-West-Movie-2015

Photographie, montage et emploi de la musique permettent-ils au réalisateur d’offrir au film une tonalité singulière qu’ils sont autant d’éléments nourrissant et redessinant les lignes narratives. Fort d’offrir au film une réelle couleur, John Maclean excite proprement notre attention en travaillant une brillante dynamique de cadrage et en jouant sur la séquentialité de certaines scènes, nous demandant de re-penser les perspectives. La bande-originale, composée par Jed Kurzel, engendre une série de contrastes renforcés par un montage sensitif, exacerbant le ressenti de Jay tout en soulignant la distanciation dont fait preuve Silas.

Enfin l’interprétation est l’un des points forts du film. Si John Maclean se dessine comme un scénariste et chef d’orchestre habile, il parvient à obtenir de ses acteurs des nuances de jeux très différentes qui participent à la dynamique de contraste qui nourrit le film de part en part.
Composant avec soin son casting, il offre à Michael Fassbender une nouvelle possibilité de nous surprendre. Dans le rôle de Silas, l’acteur irlandais joue la carte de la distanciation permettant d’ancrer un second degré truculent. Face à lui Kodi Smit-McPhee, qui campe Jay Cavendish, semble au contraire proprement investi par la réalité de son personnage mu par l’absolutisme, et dès lors l’aveuglement, de ses sentiments amoureux.

SLOW WEST by John Maclean – TRAILER NL/FR from Remain In Light on Vimeo.

SLOW WEST
♥♥♥
Réalisation : John Maclean
Royaume-Uni / Nouvelle-Zélande – 2015 – 84 min
Distribution : Remain in Light
Western sarcastique

Film Fest Gent 2015 – Compétition

Slow West - affiche Slow West - affiche neutre

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