Sleeping Beauty

On 12/01/2012 by Nicolas Gilson

Le premier film de Julia Leigh apparaît extrêmement complaisant pour ne pas dire prétentieux. Manquant de finesse et apparaissant sans vie, SLEEPING BEAUTY repose sur une pure esthétisation qui n’est pourtant pas aboutie. La réalisatrice manque de radicalité voir de fermeté dans son approche au point de sembler s’égarer et de perdre en chemin l’essence de son projet.

D’emblée Julia Leigh semble vouloir inscrire son film dans la réalité. Elle opte ainsi pour une succession de plans séquences, encore distanciés, qui permettent d’appréhender une esquisse du quotidien de Lucy. Une esquisse cependant bien creuse tant elle apparaît monstrative. De réalité il n’est en fait pas question tant tout manque de réalisme. Le souci du détail dont témoigne la réalisatrice n’est qu’esthétisant. L’ensemble manque de crédulité. Rien n’est vraiment éprouvé, si bien que l’ensemble en devient bien éprouvant.

Rapidement, par le recours aux mouvements dans la captation et à la modulation des valeurs de plan au sein des plans séquences, Julia Leigh nous donne bêtement à voir ce qu’elle veut, elle guide notre regard, elle focalise notre attention sur des éléments précis. C’est qu’il est question de démonstration comme en témoigne les recours, insensible, à un accompagnement musical afin de mettre en place une tension jamais atteinte.

Alors que la réalisatrice tente d’établir une complicité avec la protagoniste principale, elle sombre irrémédiablement vers une radicale distanciation. Plus le film avance, moins notre attention est attisée. Un Paradoxe incroyable au vu des chemins de perdition qu’emprunte la protagoniste principale. Répondant à une annonce, Lucy va devenir Sarah et gagner de l’argent grâce à ses charmes. Il ne s’agit pas de prostitution au sens propre. Il n’est pas question de pénétration comme insiste avec vigueur la recruteuse. Lucy fait d’abord ses preuve en servant lors de dîners particuliers avant de partager, dans son sommeil, le lit de clients qu’elle ne voit jamais.

A mesure que Lucy s’enfonce dans une étrange dynamique – étrange car plus que de témoigner d’intentions troubles, l’héroïne en semble dépourvue – la réalisatrice s’éloigne de sa protagoniste, semble s’égarer. La centralité première de Lucy s’épuise, autre paradoxe, au point de s’étendre, par exemple, sur l’émoi d’un client. Un émoi loin d’être communicatif.

Jamais le film n’est pervers, ni vicieux. Qu’il s’agisse d’une réussite ou d’un nouveau paradoxe, cela résulte de l’absence cruelle de la moindre sensibilité. SLEEPING BEAUTY étant alors au mieux impudique. Vainement. Et insensible, cruellement. Loin de choquer, le film ennuie.

SLEEPING BEAUTY
•/♥
Réalisation : Julia LEIGH
Australie – 2011 – 104 min
Distribution : Imagine Film
Comédie dramatique
Cannes 2011 – Sélection Officielle en Compétition

Article publié le 11/05/2011

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>