Skoonheid (Beauty)

On 13/04/2012 by Nicolas Gilson

Sensible et dérangeant, SKOONHEID met en scènes les portraits croisés d’un homme et de la société sud-africaine dans laquelle il vit. Au mariage de sa fille, François observe le couple et le comportement presque chorégraphique des invités, il examine la salle de réception jusqu’à ce qu’un élément capte son attention. L’excitation a un visage, le désir un nom : ceux de son neveux, Christian.

Le scénario est brillant : il permet d’envisager à la fois la réalité du quotidien de François et celle de la société dont il va se rendre compte de l’évolution. Une évolution pleine de contrastes à l’instar de la distance entre Bloemfontein où il vit et le Cap où il se rend. Père de deux filles, en couple avec leur mère, François mène une vie apparemment prospère, rangée et monotone. L’harmonie conjugale est en demi-teinte, sans désir et sans passion, et les échanges avec sa femme témoignent de la tristesse de leur relation. François trouve son épanouissement ailleurs, en vivant sa sexualité parallèlement à sa vie de couple : il trouve son plaisir avec d’autres hommes notamment lors d’une partouze qui met en place les codes qui sont les siens – pas de folles et pas de métisses. Et bien qu’il couche avec des hommes, François, qui est raciste, est foncièrement homophobe. A mesure que le désir qui l’anime pour son neveux l’envahit, il se retrouve confronté à ses pulsions, aveuglément. Menteur, jaloux de sa fille, jusqu’où ira-t-il pour avoir l’objet de son désir…

A l’intelligence de l’écriture première répond celle de l’approche esthétique dans son ensemble, de la mise en scène au montage. Olivier Hermanus témoigne avec SKOONHEID d’une réelle maîtrise cinématographique et construit son film avec habilité en posant comme centre de regard et d’attention son protagoniste principal. Il opte pour un double point de vue, celui à la fois de son protagoniste et celui d’une caméra qui observe celui-ci afin d’en mettre les gestes et la logique, le quotidien, à nu. Plus encore, il adopte un juste regard qui fait tantôt corps avec celui de François et qui se place tantôt à distance de lui. Le réalisateur stimule notre attention avec brio notamment avec l’emploi discret mais efficace d’un ponctuel renfort musical – à l’instar de la séquence d’ouverture où il exacerbe l’hypothèse de la pulsion, du désir, en combinant à la musique un mouvement conjoint de zoom et de travelling vers l’avant.

Olivier Hermanus parvient à la fois à nous poser en témoins des gestes de François – des gestes qui, dans le détail, le caractérise peu à peu – et à nous fondre à son ressenti au point d’éprouver le désarroi qui est le sien. Alors qu’il montre la froideur du protagoniste, la sensibilité dont fait preuve le réalisateur est telle qu’il n’est jamais dans le jugement. Un sentiment de compassion nous envahit à mesure que nous découvrons un homme perdu, alors que le masque qu’il s’est imposé tout au long de sa vie s’effrite, malgré la violence de ses gestes.

Les enjeux soulevés sont nombreux. S’ils traitent indéniablement des questions de l’identité et de la sexualité, ils mettent aussi en scène les codes sociaux et les normes sociétales ou encore le conflit intergénérationel au regard de l’évolution de la société. Celle-ci s’est produite sans que François ne s’en rende compte, sans qu’il n’arrive à s’épanouir. SKOONHEID est un film fort et destabilisant. Superbe.

SKOONHEID
BEAUTY
♥♥♥(♥)
Réalisation : Olivier Hermanus
Afrique du Sud / France – 2011 – 99 min
Distribution : ABC Distribution
Drame
Cannes 2011 – Un Certain Regard – Queer Palm

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