Critique : Sicario

On 14/10/2015 by Nicolas Gilson

Continuant sa conquête du cinéma commercial américain, Denis Villeneuve signe avec SICARIO un film d’action stylisé dont l’intérêt réside dans son caractère divertissant. Le réalisateur de POLYTECHNIQUE, INCENDIES et ENEMY soigne son approche esthétique afin de donner au scénario de Taylor Sheridan quelque volume. Maitrisant les artifices, il parvient à nous fondre au regard de sa protagoniste, une recrue du FBI confrontée à la réalité des cartels de la drogue. Un spectacle rondement mené, mais dispensable.

Sicario © Richard Foreman

Kate (Emily Blunt) est à la tête d’une équipe du FBI. À son niveau elle se bat contre les trafiquants de drogue et fait face à une réalité souvent insupportable. Alors qu’il lui est difficile de toujours donner un sens à son action, il lui est proposé d’intégrer un groupe d’intervention d’élite. Y voyant la possibilité d’attaquer le mal à la source, Kate accepte. Elle prend alors conscience de la complexité d’une situation qui la contraint à remettre en cause ses convictions…

Sélectionné en compétition lors du 68 ème Festival de Cannes, nous attendions beaucoup de ce nouvel opus du réalisateur québécois. Autant dire qu’à la découverte de SICARIO nous avons été amèrement déçus. S’il s’impose comme un metteur en scène hors-paire, Denis Villeneuve propose un divertissement d’une vacuité folle, pleinement démonstratif. C’est que, manquant de radicalité, le scénario tend à être explosif et spectaculaire sans nourrir nos sens. Un cruel bémol.

Le film s’ouvre avec panache sur une intervention du FBI menée par l’héroïne. Tourne-t-elle à la catastrophe qu’elle permet de mettre en exergue l’horreur à laquelle elle doit faire face dans son travail. Témoins de son ressenti – le partageons-nous vraiment ? – nous évoluons à ses côtés au fil de la narration. Elle est notre porte d’entrée, notre regard au coeur d’un système gouvernemental qui la dépasse. Comme elle, nous sommes surpris ou floués, intrigués ou dépités. Une mesure louable qui prend toutefois radicalement fin lorsque le scénario change de voie, épousant le regard et l’énergie d’un personnage secondaire et nous emportant là où Kate n’a pas accès. L’expérience prend fin, le velouté se muant en soupe.

La démonstration va alors bon train, les archétypes se transforment en clichés. Demeure alors le style de Denis Villeneuve. Habile chef d’orchestre portant une attention particulière à la spatialisation, malgré la vacuité de l’ensemble, il impose avec force la singularité de sa signature.

SICARIO
•/♥
Réalisation : Denis Villeneuve
USA / Canada – 2015 – 121 min
Distribution : Belga Films
Action

Cannes 2015 – Compétition Officielle

Sicario - afficheCannes 2015 signature 2EmilyBluntSicario

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>