Séraphine

On 15/12/2009 by Nicolas Gilson

1912, Séraphine est bonne à tout faire à Senlis. Quarantenaire, elle vit recluse et adopte un comportement étrange. Elle collecte autour d’elle nombre de choses et de substances. Un allemand collectionneur d’art,Wilhelm Uhde, sous-loue une partie de la résidence de sa patronne. Dès lors Séraphine se retrouve à son service. Celui-ci découvre par hasard un de ses tableaux, touché et intrigué il l’encourage à persévérer…

DE LA PUDEUR ACCENTUEE

Martin Provost construit son film autour d’un récit en trois temps. Un choix sombre et efficace des séquences marquantes et décisives de la relation qui va unir Séraphine Louis – dite de Senlis – et Wilhelm Uhde, un collectionneur d’art allemand qui a découvert Picasso et qui voit en son travail un caractère visionnaire. Cependant ce choix induit une dualité interrogative, un problème de point de vue, qui ne cesse de couvrir l’ensemble du récit : qui est le réel personnage principal, Séraphine ou Uhde?

Le réalisateur atteste d’une démarche de dévoilement réellement pudique, où presque chaque séquence se fond au noir afin de conduire à la séquence suivante. Si nous découvrons d’abord le personnage de Séraphine au travers de sa gestuelle et de son rapport à la nature, nous entrons rapidement dans une logique épisodique. Une pudeur trop marquée qui témoigne dès lors d’une mise à distance. Jamais vraiment nous n’approchons le personnage. Pourtant Martin Provost témoigne d’une diversité dans l’approche tant narrativement que visuellement.

Si les gestes de Séraphine sont réellement captés et prennent un échos dans la répétition et la brisure, ils ne nous sont pourtant livrés que dans une certaine retenue. Car aucune scène ne dure assez longtemps que pour nous isoler avec le personnage, aucune scène ne nous permet d’accéder à son propre isolement mental malgré une esquisse intelligente. Car rien ne dure. Tout n’est qu’ellipse.

Jamais nous ne découvrons vraiment le personnage au niveau intime. Nous en découvrons une ébauche, un portrait. Séraphine ne nous est cependant pas inconnue, mais elle reste un personnage secret, distancié, impénétrable. Nous avons un sentiment constant d’extériorité aussi bien quant au personnage que quant au récit.

Nous sommes confronté à un récit à la troisième personne où l’on tente de nous dévoiler une relation folle à la peinture. Si l’importance du personnage du collectionneur est moindre, le traitement engendre cette même distanciation.

Cependant Séraphine est proprement habitée par Yolande Moreau. Comme si elle avait pu y accéder, la pénétrer et ne nous en donnait que ce qu’elle accepte de livrer d’elle-même.

Etrangement elle va nous permettre d’avoir un recul quant à ce drôle de personnage. Son caractère débile, sa gestuelle et sa démarche artistique ne seront jamais expliqués et clairement mis à nus. Nous sommes invité à nous y intéresser. Mais cette invitation semble plus émaner du jeu et de la force de l’actrice que de la réalisation du film.

Yolande Moreau permet de remplir le manque induit par la distanciation mise en place par le réalisateur. Là où celui-ci ne se risque pas, cette actrice d’une rare justesse nous emmène. Elle ne peut certes par son simple regard, fusse-t-il complètement habité, pallier à ce manque, mais elle donne au film une profondeur à laquelle le scénario ne peut prétendre.

SERAPHINE

**

Réalisation : Martin PROVOST

France/ Belgique – 2007 – 125 min

Distribution : Cinéart

Drame (Biopic)

Enfants admis

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