Saving Mr. Banks

On 24/02/2014 by Nicolas Gilson

Cinquante ans après l’adaptation par Disney du roman de P.L. Travers, la société propose de revenir sur la création de MARRY POPPINS. Mettant en scène la relation entre l’auteure et Walt Disney, SAVING MR. BANKS revient sur l’épisode où P.L. Travers accepte, non sans mal, la proposition du père de Mikey Mouse. Alors que la romancière se rend en Californie afin de travailler avec les scénaristes, elle n’est pas prête à abandonner ses protagonistes ni à vendre son âme au dieu de l’entertainment. Elle changera pourtant d’avis.

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Eveillant d’entrée de jeu un sentiment de nostalgie, l’introduction du film allie des variations musicales à la voix d’un conteur qui sont autant de citations renvoyant au film de 1964. SAVING MR. BANKS entre ainsi en dialogue avec MARRY POPPINS dont l’imagerie n’a de cesse de nourrir la trame narrative et esthétique jusqu’à la rencontre, inévitable, entre les deux réalisations.

Un classique qui aurait pu ne jamais voir le jour si Walt (Disney) ne s’était pas battu, durant des années, pour tenir la promesse faite à ses filles et adapter l’ouvrage qui les fit tant rire et rêver. Le postulat excite d’emblée la curiosité de tout individu qui a été bordé par les aventures de la nounou au sac sans fond : un monde sans MARRY POPPINS est-il envisageable ? Au coeur de la construction scénaristique nombreux sont les éléments identitaires de l’adaptation cinématographique qui sont tant mis en scène qu’en péril à l’instar de la musique et de l’animation dont ne voulait pas P.L. Travers.

Contrainte à collaborer avec Disney, l’auteure se rend en Californie afin de défendre ses postulats et de ne pas voir son héroïne lui échapper. Forte de n’avoir encore signé aucun contrat de cessation de droits, l’anglaise mène la vie dure à l’équipe de créatifs qui tente de répondre à ses désirs mais aussi à ceux de Disney. A mesure que la collaboration s’ancre, P.L. Travers entre en dialogue avec son passé. Esquissant les raisons de ses hésitations, celui-ci ouvre d’ailleurs le film et le ponctue sous forme de flash-back des plus démonstratifs – hantant alors la protagoniste et nous désespérant.

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Cette double temporalité permet aux scénaristes de témoigner des doutes de l’auteure sans pour autant développer sa psychologie. Elle se révèle ainsi sans grande finesse à mesure que ses gestes et sa ténacité trouvent une explication surlignée et pathétique au fil de séquences artificielles. Le scénario présente toutefois l’intérêt de nous fondre à son regard tout en attisant notre inétrêt envers une finalité pourtant évidente : si nous ne parvenons pas à croire à l’impossibilité de l’adaptation, nous restons en attente de la signature actant de l’aval de la romancière.

Mettant en opposition les personnalités de P.L. Travers et Walt Disney, le scénario ancre un contraste entre la culture anglaise et l’agitation californienne ; l’académisme de l’auteure et l’excentricité d’un « génie ». Leurs divergences d’opinions nourrissent et rythment la trame narrative et tandis que la romancière découvre un univers où ses codes culturels n’ont pas foi, nous découvrons l’effervescence d’une époque et des studios alors encore dirigés par une figure maintenant mythifiée. Si cela conduit à énormément d’humour, la mise en abyme opérée est pleine de paradoxes.

Les doutes de P.L. Travers quant aux intentions de Disney – doutes que nous partageons – s’effacent-ils vraiment à la signature du contrat ? Confrontés à de multiples manipulations de la part de l’homme pour imposer ses désidératas et arriver à des fins, comment pourrions-nous ne pas constater notre propre instrumentalisation – des plus manifeste ?

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La romancière rejette en bloc toutes les attentions de Walt Disney pour n’être que plus enchantée par la suite. Agacée par ses cadeaux, irritée lorsqu’on lui impose une visite à Disneyland, elle finit tout de même par s’endormir avec dans les bras une peluche géante à l’effigie de Mickey. Aussi SAVING MR. BANKS apparaît-il être un film purement propagandiste qui, semblant faire un portrait honnête de Walt Disney, tend à sa mythification et parallèlement assure la promotion des produits dérivés de la société.

Afin de donner vie à l’illustre personnalité, Tom Hanks offre une interprétation un peu trop enjouée et artificielle qui participe pleinement à la projection de ce qu’il convient de qualifier d’allégorie. Seuls Emma Thompson et Paul Giamatti sortent le film de la pleine caricature – toutefois amusante et orchestrée à dessein – permettant quelques envols somme toute sentimentalistes. Bien que savamment chorégraphiés, les gestes posés par l’actrice se répondent et témoignent de l’évolution de son personnage (au-delà des vérités instruites par les inénarrables flash-back). Des gestes qui se veulent enchanteurs lorsque, comme elle, nous battons du pied sur les chansons originales des frères Sherman dont les variations habitent le film de part en part afin de nous envouter.

Force est de constater que SAVING MR. BANKS parvient à susciter l’envie, d’un bout à l’autre, de revoir MARY POPPINS ; de retrouver les enfants Banks et de redécouvrir leur père sous un regard neuf ; de chanter « Supercalifragilisticexpialidocious » en battant la mesure et de danser – à nouveau – avec les pingouins animés. Aussi, si le but de la Société Disney était celui-là, il est bel et bien atteint.

SAVING MR. BANKS

SAVING MR. BANKS
DANS L’OMBRE DE MARY

Réalisation : John Lee Hancock
USA / Royaume-Uni – 2013 – 125 min
Distribution : Disney
Comédie dramatique / Biopic

Saving Mr. Banks

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