Savage Grace

On 14/03/2010 by Nicolas Gilson

Barbara et Brooks Baekeland, héritier richissime de l’inventeur de la bakélite, cherchent leur place au coeur des trivialités mondaines des années d’après guerre. Enfermés dans un mariage dont l’équilibre est instable tant leurs caractères sont opposés, ils donnent naissance à un enfant unique : Anthony. Ce dernier grandit en se rapprochant de sa mère avec qui il entretient une relation de plus en plus ambigüe…

DE LA TRISTE FANTASMAGORIE HOMOSEXUELLE

Savage Grace aurait pu être un film fort, dur, intéressant et intrigant mais cette cinébiographie, au sujet pourtant riche, laisse le spectateur complètement hermétique et désolé. Le scénario, reposant sur la biographie de Barbara Daly Baekeland (cosignée par Natalie Robins et Steven ML Aronson), est pourtant bien ficelé, la brochette d’acteurs semble appétissante mais jamais le film ne parvient à sortir d’une nébuleuse démonstration tant visuelle que sonore.

De beaux décors, de beaux costumes, une musique redondante et enrobante participent à un sentiment étrange ; celui de la confrontation à un fantasme vaporeux, à une imagerie “gay“ à la fois misogyne et perverse.

L’hypothèse musicale ouvre le film, au même titre qu’elle le couvre littéralement, avec une musique de fosse composée de cordes proprement irritantes. Néanmoins elle participe à une sensation d’irréel voire de fantasme car elle accompagne la voix-over qui revient ponctuellement tout au long du film. Cette voix doucement masculine, la voix du fils et des souvenirs, qui dictent au spectateur des descriptifs narratifs vendus comme la caractérisation juste des différents protagonistes.

Les personnages ont à la fois trop et trop peu de consistance. Tantôt caricaturaux, tantôt purs objets, ils ne semblent répondre qu’à une logique démonstrative de ce qu’est un oisif archétypal. Julianne Moore devient la représentation paroxysmatique de la femme perverse. Séductrice, dominatrice, allumeuse, provocatrice… Et si l’actrice a beau insuffler sa force de jeu afin de nourrir son personnage, cela semble vain tant le réalisateur livre un portrait mièvre, calculé et dévastateur d’une femme à la fois perdue et diaboliquement manipulatrice.

Les clichés sont nombreux et toujours marqués visuellement. Une réelle imagerie homosexuelle semble transpirer plus que transparaître : qu’il s’agisse des corps masculins morcelés et mis à nu, d’un sentiment de refoulement savamment mis en place ou encore de la vampirisation du personnage prétendument central.

Il ne s’agit pas ici de parler de photographie mais de réelle composition photographique. Ce qui engendre une lourdeur et une étrange distanciation. Cette distance maintient le spectateur au-delà d’une limite tristement nette, celle du ressenti. Aussi il ne peut être emporté dans un récit pourtant fou, celui d’une histoire vraie, dure et intense.

La violence conjugale comme l’inceste maternel ne peuvent certes pas laisser le spectateur indifférent. Mais ce qui est ici choquant tient du sujet même et non de son traitement. Il y a comme une froideur relevant d’une mise en place irréelle qui ne permet pas de donner à ces thématiques fortes la moindre consistance.

SAVAGE GRACE
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Réalisation : Tom KALIN
USA, Espagne, France – 2007 – 97 min
Distribution : Cinéart
Drame

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