Sarah préfère la course

On 07/05/2014 by Nicolas Gilson

Le premier long-métrage de Chloé Robichaud est le doux et tendre portrait d’une jeune-fille en quête d’elle-même. Avec intelligence et candeur, le réalisatrice nous confronte à l’éveil sentimental de Sarah qui « préfère la course » envers et contre tout. Et peut-être contre elle-même.

Sarah préfère la course

La réponse n’est pas dans le biscuit

Sarah a une passion : la course. Lorsque l’opportunité se présente d’intégrer le meilleur club d’athlétisme universitaire de Montréal, elle est confrontée au refus du soutien de sa mère. Toutefois, son collègue de plonge, Antoine, lui propose qu’ils partent et s’installent ensemble : il peut subvenir à leurs besoins le temps qu’elle trouve un boulot et lui propose bientôt une solution pour qu’elle puisse se concentrer sur son entrainement. La nature de ses sentiments est-elle trouble que Sarah est incapable de s’en rendre compte. Sa passion l’obsède. L’aveugle aussi.

Sur base d’un scénario construit avec habilité, Chloé Robichaud caractérise et dévoile peu à peu sa protagoniste avant de la contraindre à se révéler à elle-même. Elle appréhende Sarah à travers la mise en scène de son aveuglante passion si bien que nous sommes tout à la fois ses complices et les témoins de ce qu’elle ne perçoit pas. Le rôle secondaires sont construits avec soins et, emplis d’humanité, permettent de complexifier subtilement les enjeux. Les sentiments dévoilés d’Antoine se veulent d’ailleurs enchanteurs : chez Chloé Robichaud, « l’amour » n’a pas de genre, ne répond pas à des codes ; il vous saisit sans prévenir, sans raison. Le parcours de Sarah – qui doit se frapper à la vie – se construit par phases qui deviennent autant de chapitres mis en scène par quelques « vérités » issues de biscuits chinois. Un jeu amusant qui assoit l’apparente ingénuité de l’approche. Et comme « la réponse n’est pas dans le biscuit », Chloé Robichaud ouvre à dessein la fin de son récit à la vie, à la mort. En chemin, elle questionne les genres, la féminité ou encore les désirs avec subtilité et une grande sensibilité.

À la justesse de l’écriture répond l’acuité de la réalisatrice à emplir de sens un simple regard, à rendre palpables les émotions et parlants les silences. Elle pense l’approche photographique avec soin donnant notamment au film une couleur en demi-teinte qui fait corps à l’état d’esprit de la principale protagoniste ou optant ponctuellement pour une intelligente fixité (qui n’est toutefois pas toujours maîtrisée techniquement). Son sens du cadrage fait mouche : les valeurs de plans mais aussi les objets du regard (à l’instar des nuques ou des cheveux dans les vestiaires) transcendent, avec une retenue exacerbant l’identitaire de Sarah, la pulsion ou le fantasme. L’apparente simplicité de l’approche conduit alors au trouble.

La réalisatrice témoigne enfin d’une réelle finesse dans la direction d’acteurs : si Sophie Desmarais est admirable dans le rôle de Sarah, l’ensemble du casting n’a pas moins de mérite.

Sarah préfère la course - poster

SARAH PREFERE LA COURSE
♥♥♥
Réalisation : Chloé Robichaud
Canada – 2013 – 97 min
Distribution : /
Drame

Cannes 2013 – Un Certain Regard
FIFF 2013 – Compétition Emile Cantillon
Pink Screens 2013

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Interview de la réalisatrice : Cliquez ICI

Sarah prefere la course - Chloé ROBICHAUD

Mise en ligne initiale : 8/11/2013

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