Sans Queue Ni Tête

On 28/09/2010 by Nicolas Gilson

Mettant en parallèle les métiers de la psychanalyse et de la prostitution, Jeanne Labrune propose une découverte plurielle des désirs, des obsessions et de la désolation qui se veulent à la fois étrangement communs et irrémédiablement singuliers. Les gestes et les états d’âme de deux protagonistes – l’une prostituée (Alice), l’autre psychanalyste (Xavier) – se font admirablement écho au point de se confondre. En un sens la réalisatrice pose une double question : La psychanalyse n’est-elle pas une forme de prostitution et, à l’inverse, celle-ci n’est-elle pas une forme d’analyse ?

La première comparaison entre les deux entités se fait autour d’une dynamique objectuelle à laquelle répond l’importance accordée aux gestes et à l’hypothèse spaciale. Alice et Xavier ont en commun l’amour des antiquités ou pour le moins le désir d’en acquérir. Le dessein de leur travail n’est autre que celui-là. Une accumulation qui leur apparaît cependant veine à mesure qu’ils prennent conscience du fait qu’ils s’y sont égarés. La prouesse de Jeanne Labrune est d’exacerber la ritualité des gestes liées aux professions des deux protagonistes : de la préparation de l’espace neutre de la rencontre avec leur client/patient à la rythmique des séances. La neutralité des espaces professionnels est un un réel vecteur de sens. Antithèse de le mise à nu, elle permet cependant une rencontre frontale avec les protagonistes. Les gestes, enfin, se veulent centraux : et s’ils se répondent les uns aux autres, ils permettent de se fondre au ressenti tant de Alice que de Xavier. Toutefois cette mise en parallèle est quelque peu systématique et traduit une écriture trop présente, trop palpable.

D’ailleurs la direction d’acteurs va malheureusement dans ce sens : leur jeu est récitatif si bien que le phrasé dialogique pose une distanciation radicale. Tout réalisme tombe alors à l’eau et l’ensemble vire à la pure démonstration. A cela s’ajoute un problème de rythme d’écriture au sein duquel le paradigme premier explose tristement. Ainsi la prime centralité des deux protagonistes est mise à mal par l’apparition du personnage d’un psychiatre, lui aussi analyste, qui, bien que secondaire, prend une place trop prépondérante.

De plus l’approche esthétique est globalement décevante. Si l’importance accordée aux gestes est admirable, les systématismes sont nombreux et dépourvus d’originalité. La surabondance musicale – des cordes lancinantes exacerbant le pathos des protagonistes – s’impose de plus comme irritante.

Mais si SANS QUEUE NI TETE porte bien son nom, ce n’est pas par manque de cohérence : bien au contraire, ce choix de titre est judicieux à plus d’un égard, renvoyant de manière plurielle à la comparaison établie par la réalisatrice et au devenir des protagonistes.

SANS QUEUE NI TETE

Réalisation : Jeanne LABRUNE
France / Belgique – 2010 – 95 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique
EA
FIFF 2010 – Regards du présent

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