Sam Gabarski : Entrevue

On 19/11/2010 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Sam Garbarski venu présenté son film QUARTIER LOINTAIN lors de la 25 ème édition du Festival International du Film Francophone de Namur. L’interview fut réalisée pour Le Quotidien du FIFF.

QUARTIER LOINTAIN est une adaptation de la bande-dessinée éponyme de Jirô Taniguchi, comment l’avez-vous découverte ?

C’est un ami, Philippe Blasband, qui me l’a apporté un jour. Et qui m’a dit que c’était un petit cadeau et qu’il était sûr que j’aurais envie d’en faire un film. Et il avait bien raison. C’était un coup de foudre. Je suis parti dans ce voyage qui se passe à l’autre bout du monde. Et quelque part, je crois qu’il y a des valeurs et des préoccupations qui sont les mêmes où qu’on soit. Et c’était loin, c’était pas mon histoire et cependant, c’était tout de suite mon histoire. Sans prétention. Amos Os a dit : « Un bon lecteur n’essaye pas de trouver les traces biographiques de l’auteur, il cherche les siennes ». Et ça m’est vraiment arrivé, je me suis retrouvé dans cette histoire. Et j’ai effectivement vite parlé à mon producteur. Et de fil en aiguille, on a développé le projet.

L’achat des droits a été aisé ?

Non, c’était long. Il s’agit du Japon. Il y avait un éditeur européen, un éditeur japonnais… Déjà pour approcher l’auteur, ça a pris du temps.

Vous co-signez le scénario avec Philippe Blasband et Jérôme Tonnerre.

C’était long, c’était difficile. On pourrait croire que c’est un story-board parce qu’il y a des très belles images, parce que c’est très joliment cadré et dessiné. Mais c’est un piège. Il y a vraiment un langage propre à la bande-dessinée et au cinéma. Il fallait s’en défaire tout en gardant l’âme du visuel original. Ça a pris du temps ; on était pas de trop à trois. On était complémentaires. Et je suis très heureux d’avoir fait ça avec Philippe et Jérôme. Chacun a apporté du sien. Il y avait des moments où ce n’était pas évident. Et ce qui est vraiment beau aujourd’hui c’est que Jirô Taniguchi aime vraiment. Et ça c’était mon obsession : qu’il ne soit pas déçu. Il retrouve son histoire dans la mienne. Et j’en suis heureux.

Le recours à la voix-over a-t-il été décidé dès l’écriture du film ?

Dans la BD, il y a une voix-off. Ici je ne dirais pas qu’elle est indispensable. Il y a eu

une version sans voix-off. Mais ça donnait un rythme à l’histoire qui me plaisait beaucoup. On aurait pu s’en passer. Elle est très modérée par rapport à l’œuvre originale. C’est intuitivement. On s’est dit qu’il fallait cela au moins pour garder le rythme qui est propre à l’histoire.

Pourrait-on parler de réalisme magique ?

Oui, peut-être. Je n’ai pas pensé à ça. Il s’agit d’un artiste qui est en panne de création et en crise de compréhension. Et il est sur le point de commettre un acte de schéma répétitif. Et c’est à travers la création peut-être qu’il résout tous ses problèmes et qu’il trouve le bonheur. C’est peut-être en dessinant, en créant sa prochaine BD.

Le métier de tailleur a-t-il une importance significative ?

Oui, il y a une symbolique. Mais le personnage du père n’est pas vraiment tailleur dans le film. Il retouche des vêtements. Il est devenu tailleur parce qu’après la guerre il n’avait pas vraiment le choix. Il fallait gagner sa vie, il fallait exister. Ca fait partie de son voyage à lui, du père. Il s’est marié avec la fiancée de son meilleur ami, parce qu’ils ont tous les deux aimé cet ami. Après, ils ont appris à s’aimer. Ils ont eu des enfants. Il a appris un métier parce qu’il n’y en avait pas d’autre. C’est toute une vie qu’il a entamée, qu’il a tout de même vécue 20 ans. Et tout d’un coup, il remet ça en question. C’est un peu la base de l’histoire aussi.

La figure du père est très importante.

J’ai adoré mon père et maintenant quand j’y pense on a parlé beaucoup trop peu. Maintenant, je parle peut-être trop avec mon fils. Je ne sais jamais bien. Mais je crois que c’est tellement important ; ça nous façonne pour la vie. Il y a des questions qu’on se pose moins si l’on a eu l’occasion d’échanges avec les parents.

Dans le film, il y a une grande complicité avec la mère, et le personnage de Thomas tente d’en établir à tous prix une avec son père.

C’est parce qu’il ne l’a pas fait quand il était petit. En plus, il est parti. Quand on a unpère toute sa vie, on se dit aussi qu’on lui parlera un peu plus tard. Il revient en fait pour parler à son père. S’il a une motivation principale, dans sa création, c’est de pouvoir comprendre le père, comprendre pourquoi il est parti. Pour ne pas commettre un acte dans le schéma répétitif comme son père et éventuellement quitter sa famille. L’enjeu est bien posé au début du film. Il se pose cette question. Il veut parler à son père avec son bagage d’homme de 50 ans.

Vous aviez déjà travaillé avec Jonathan Zaccaï, qui interprète ici le rôle du père.

Jonathan, je l’aime depuis toujours. C’est un ami. Et c’est un grand comédien. Ca a commencé avec Léo (Léo Legrand). Il fallait d’abord caster le comédien principal qui a 14 ans. Après il fallait lui trouver des parents. Regardez le regard de Jonathan et le regard de Léo : ça marche très très bien ! En plus d’être un ami, c’est un comédien que j’apprécie énormément. Pour moi, c’était formidable.

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