Critique : Saint Amour

On 01/03/2016 by Nicolas Gilson

Joyeux bordel, le nouveau délire de Benoît Delépine et Gustave Kervern nous emporte sur la route des vins de France en compagnie de Gérard Depardieu et de Benoît Poelvoorde en éleveurs bovins à bord d’un taxi conduit par Vincent Lacoste. Flairant bon le terroir, SAINT AMOUR questionne-t-il en pointillé la filiation et l’amour de la terre qu’il vaut le détour – et de détours il est question – pour la grâce de son casting dont émane une certaine poésie.

Saint amour 02 © Roger Arpajou

Le salon de l’Agriculture est pour Bruno (Benoît Poelvoorde) une occasion d’évasion. Rompant la routine dictatoriale de son quotidien, cette foire annuelle prend pour lui la forme de vacances au grand dam de son père, Jean (Gérard Depardieu), qui y voit la possibilité de consacrer son travail. Alors que Bruno, comme chaque année, entame la route des vins sans quitter le salon, Jean, désireux de se confier à lui, provoque une échappée et l’emmène à la découverte des cuvées…

L’ouverture du film tient du potache tant elle repose sur la caractérisation des personnages que l’on découvre : un père sans réelle autorité pourtant tyrannique au yeux de son fils qui trouve dans l’alcool son exutoire. Proche de l’improvisation – tout du moins c’est ce que laisse à penser la dynamique de mise en scène et la présence perceptible de la caméra – le tour des stands de viticulteurs amuse et effraye tout à la fois. L’escapade alcoolique de Bruno ancre-t-elle son désespoir qu’elle sert d’amorce à une véritable échappée. Coup de tête ou manque d’inspiration scénaristique – et pourtant Kerven et Delépine en ont – le père et le fils sont dans un taxi, décidés à faire la route des vins en un temps record. Le film démarre enfin. Ou presque.

Saint Amour © Roger Arpajou

S’il faut un temps d’adaptation avant de donner quelque crédibilité à Vincent Lacoste en chauffeur de taxi – Mike, savamment caricatural lui aussi – c’est que ce troisième protagoniste se révèle être à l’image du film : tout à la fois agaçant et savoureux. Mais n’est-ce pas le propre de chacun ?

Le scénario se dessine alors à trois voix/voies, nourri au fil des rencontres faites par les personnages et entre entre eux – voire, et c’est là toute la magie du film, avec eux-mêmes (à moins qu’il ne s’agisse de Vénus, Eve universelle). Enchainement savant d’idées a priori grotesques, SAINT AMOUR additionne les sketches avec pour maître-mot la poésie de l’ordinaire.

Tonique, la mise en scène est quelque fois trop palpable. Mais la seule prétention du film semble être la « portraitisation » de personnages dont l’épaisseur des traits renvoie à travers l’humour à des réalités souvent marginales qui ne trouvent guère leur place dans le cinéma français. Les personnalités rencontrées par Bruno, Jean et Mike sont autant de miroirs déformants aussi cyniques que humains. De Solène Rigot en serveuse-mécanique à Céline Salette en déesse de l’amour, la distribution des rôles fait également sens au-delà de toute narration, nourrissant le film d’un second degré impayable avec des personnalités telles que Michel Houellebecq, Ovidie, Izïa Higelin, Chiara Mastroianni ou encore Ana Girardot méconnaissable.

SAINT AMOUR
♥♥
Réalisation : Gustave Kervern & Benoît Delépine
France / Belgique – 2016 – 101 min
Distribution : Nexus Factory
Comédie humaine

Berlin 2016 – Sélection Officicelle – Hors-CompétitionSaint Amour affiche belge

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