Sacro GRA

On 15/04/2014 by Nicolas Gilson

Par touches impressionnistes, Gianfranco Rosi s’intéresse aux contours de la capitale italienne. Au fil de ses rencontres le réalisateur saisit tantôt l’instant ou devient l’instrument d’une complicité à mesure que sa caméra s’efface ou s’impose. Son approche, truffée d’humour, tient de la poésie sans que la construction du film ne prenne sens au-delà d’une photographie humaine de la réalité de ceux qu’il qualifie, à juste titre, d’invisibles.

sacro gra - prince

Ceinturée par le GRA, une imposante autoroute, la ville de Rome est, comme toute autre métropole, plurielle. Une réalité saisie par Gianfranco Rosi qui lève avec ironie le voile sur ce qui n’apparaît pas sur les cartes postales. SACRO GRA trouve son origine dans le parcours initié par Niccolò Bassetti qui signe le scénario initial du projet. Celui-ci a sillonné le GRA à pied durant une année et a pu découvrir une multitude de visages. Après avoir accepté de s’approprier le projet, Gianfranco Rosi a été mis en contact avec plusieurs protagonistes et a pris le temps de les connaître.

Fondu à l’intimité du quotidien de ses « personnages », le réalisateur parvient à en révéler l’essence tout en trouvant une distance aussi juste que nécessaire afin d’éviter tout pathos. Et c’est en s’appuyant sur un humour empli de sarcasme qu’il met en lumière l’Italie des petites gens. Les détails et les non-dits auxquels la séquentialité de certaines scènes conduit à faire attention ont plus de force que bien des discours. Entre les notes fredonnée par une prostituées, l’eau répartie dans des barquettes par un noble homme pour qu’elle chauffe au soleil ou les pots de nutella trônant dans la cuisine d’un ambulancier, le spectateur est confronté simultanément à la misère et à la vigueur qui caractérise leurs situations.

sacro-gra-prostituées

Gianfranco Rosi confie n’avoir voulu faire « ni un film social ni un film politique même si on n’y échappe pas ». Assemblés à l’image d’un rubik’s cube, les instants de vie qu’il impressionne et immortalise se nourrissent les uns les autres. Un emboîtement qui engendre bien des contrastes mais laisse quelque peu pantois face à la structure générale du montage.

Alors qu’un soin particulier est accordé aux enchainements sonores et musicaux qui induisent une apparente continuïté tout en esquissant une forme de fictionnalisation, le réalisateur semble tout à la fois malmener sa matière filmique et l’attention du spectateur – à l’instar du protagoniste qui cherche à exciter et à tourmenter les termites mangeuses de palmiers. À des plans très construits permettant bien des révélations, répondent des séquences tantôt sousexposée, tantôt surexposée dont bien des monteurs ses seraient séparés. Plus encore la découverte des protagonistes est des plus épisodiques et ceux-ci gardent au final leurs secrets ce qui engendre une réelle frustration tant ils sont touchants.

En parallèle, comme en apparté, Gianfranco s’attarde sur l’un et l’autre élément, l’une et l’autre activité qui prend vie au bord du GRA. Il parvient alors en unifiant poésie et horreur, comme au sein d’une séquence où des corps sont déplacés des caveaux où ils reposent vers une fosse commune, à imposer son regard.

sacro gra affiche

SACRO GRA
♥(♥)
Réalisation : Gianfranco Rosi
Italie / France – 2013 – 93 min
Distribution : Cinéart
Documentaire

Venise 2013 – Compétition Officielle (Lion d’Or)

Sacro Gra

sacro-gra

sacro gra - fou aux insectes

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