Critique : Rumba

On 10/09/2008 by Nicolas Gilson

Fiona et Dom forment un couple d’instituteurs de campagne qui, une fois que la sonnerie annonce la fin de la journée, s’unissent dans un plaisir chorégraphique. La rumba est pour eux bien plus qu’une passion : elle est leur vie, leur obsession. Leur quotidien et leur rapport amoureux semblent être construits autour d’elle. Au retour d’un concours de danse qu’ils remportent, tout bascule. Ils ont un accident où Fiona perd une jambe et où Dom perd la mémoire…

ENCHANTEMENT ABSURDE

Dès son ouverture, RUMBA enchante par son artificialité colorée. Les personnages semblent répondre à une douce caricature enfantine. Il y a Fiona qui donne un cours d’anglais à une classe bien étrangement attentive. Il y a Dom, le professeur de gymnastique, accoutré d’un survêtement de sport rétro, qui semble plus participer à son propre entraînement qu’il ne le donne.

fiona gordon - rumba

Lorsque la sonnerie retentit, le ton est bien vite donné : les enfants et les instituteurs sont mis sur un pied d’égalité au moyen d’un clin d’œil aussi bête que drôle. Le spectateur peut alors entrer dans la logique même du film, une logique qui justement n’en est pas une : il est conduit à retrouver l’enfant qui l’habite.

Le burlesque est au rendez-vous. Bien vite le couple formé par Fiona et Dom va conduire le spectateur de mise en situation en mise en situation où les trucs et les astuces d’un cinéma oublié vont revivre merveilleusement. Les techniques et trucages employés renvoient à une logique monstrative – tout recours technique est visible – et, ce faisant, ils permettent au spectateur d’adhérer au récit plus que d’en être tenu à distance. Il a conscience du faux mais cela n’est pas dérangeant car il est dans la logique du “comme si“ de son enfance. L’imaginaire se veut un des moteurs du film. On pourrait trouver de nombreuses influences, allant de Méliès à Tati ou encore Peter Sellers, mais l’univers qui prend vie est un monde singulier.

L’objet sous toutes ses formes sera la cause du rire, la raison même de la déraison. Le corps des personnages est le point de départ du rire. Il ancre les situations comiques tout en en permettant l’épuisement ; cet épuisement qui devient le fil conducteur du récit.

Car la trame narrative dépeint le combat d’un couple contre sa propre perte. Elle n’a pas d’autre prétention que celle d’être naïvement positive malgré la malchance évidente qui s’acharne sur les protagonistes. Cependant, tel Buster Keaton, Fiona et Dom ne sont jamais vraiment tristes jamais vraiment gais. Ils avancent, toujours, au travers d’un univers absurdement enchanté où ils cherchent à se retrouver, à se rencontrer à nouveau.

Ils enchantent au travers de la détermination inexplicable de vivre et de continuer à être ensemble. Ils répondent présent plus pour l’autre que pour eux-même, comme deux clowns tristes, tout en se permettant de rêver. Et dès lors ils emmènent le spectateur au coeur d’un voyage singulier.

RUMBA
♥♥♥
Réalisation : DOMINIQUE ABEL, FIONA GORDON et BRUNO ROMY
Belgique / France – 2008 – 77 min
Distribution : Cinéart
Comédie

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