Interview : Rudi Rosenberg

On 23/12/2015 by Nicolas Gilson

Légèrement stressé par la promotion et la sortie de son film, LE NOUVEAU, Rudi Rosenberg en parle sur un ton décomplexé. Casquette visée sur la tête et chemise en denim, il est impossible de lui donner un âge. Témoignant dans la réalisation de son premier long-métrage d’une pleine maturité, fort de son expérience d’acteur et de « publicitaire »,il s’impose comme un grand directeur d’acteurs, obtenant le meilleur de jeunes adolescents non-professionnels. Rencontre.

Rudi Rosenberg, réalisateur de 'Le Nouveau'

Quel a été le moteur conduisant à la réalisation du film, LE NOUVEAU ? - J’avais envie de parler de tous ces moments de rigolade, d’euphorie et d’amitié liés à cette période dont je suis très nostalgique. Ce que j’ai compris après le montage du film, car au départ j’ai écrit le scénario instinctivement. On ne se pose jamais vraiment la question, sauf peut-être au moment de la promotion. Je me suis demandé pourquoi on est aimanté par des gens populaires ; pourquoi on a tendance à vouloir faire comme les autres. C’est un mélange de ces deux idées-là.

Vous évoquez la nostalgie. Vous auriez pu faire un film d’époque, ce n’est pas le cas. Pourquoi ? - J’ai voulu faire un film sur l’adolescence en 2015. Et puis c’est un gamin qui apprend qu’on n’a pas besoin de ressembler aux autres pour leur plaire, du coup il ne fallait pas que le protagoniste ressemble aux ados d’aujourd’hui pour leur plaire. Je voulais créer des personnages attachants, drôles ou différents mais pas attirant les gens en salles parce qu’ils leur ressemblent. Ça aurait été dommage.

Les parents, présents à l’ouverture du film, disparaissent rapidement. Le spectateur évolue alors avec Benoît. - Je ne voyais pas ce que les adultes venait faire dans l’histoire. Il me fallait juste offrir un cadre pour qu’on comprenne que Benoît est un gamin comme les autres. Dans les films d’ado, comme dans LA BOOM, je n’aime pas quand il y a des scènes d’adultes.

A qui s’adresse le film ? - Clairement, à tout le monde. J’ai écrit le film à 35 ans et c’était vraiment le regard d’un adulte sur l’adolescence, sur mon adolescence, avec beaucoup d’auto-dérision. Il y a plein de subtilité que seul les adultes peuvent comprendre là où les enfants seront plus réactifs au premier degré, aux gags visuel ou à l’histoire d’amour. J’ai compris que ça pouvait s’adresser à un public d’enfants dans un deuxième temps. Au départ, je ne faisais pas un film pour les ados, et encore moins pour ceux de 2015.

Vous a-t-il été facile de mettre la production en place ? - En France il y a une culture du premier film qui facilite pas mal les choses. On a tendance à laisser une chance aux premiers films – peut-être même plus qu’aux deuxièmes si le premier n’a pas marché. Le challenge, c’était le casting. Il a duré un an. On a vu 5.000 enfants. Ça a couté de l’argent. C’était le gros risque du film : faire le casting pour rien. Si on ne trouvait pas les gamins, on ne faisait pas le film.

Réphaël Ghrenassia - Le nouveau

Qu’est-ce qui vous a décidé à porter votre choix sur cette distribution emportée par Réphaël Ghrenassia ? - Le gros enjeu c’était Joshua (ndlr Interprété par Joshua Raccah), il fallait qu’il soit drôle. On cherchait quelqu’un de marrant qui ait envie de faire rire. Après, Joshua Raccah est très loin du personnage. Il nous a fallu du temps avant de comprendre qu’il serait capable de jouer le rôle. C’était le moment le plus stressant. Il fallait aussi qu’ils s’entendent bien entre eux. C’est un film sur l’amitié et je voulais que les rires soient vrais.

Tourner avec des enfants, ce n’est pas trop contraignant ? - C’est extraordinaire. J’adore la direction d’acteurs et ils donnent des choses extraordinaires, vraiment fantastiques, les plus spontanées, les plus maladroites aussi et donc les plus émouvantes. C’est du caviar. Evidemment je n’avais pas pris en compte leur comportement… ce qu’on s’est pris en pleine gueule sur le tournage. Je jouais ma vie sur chaque scène – d’autant plus qu’il y a beaucoup d’anecdotes autobiographiques ou presque : il fallait que tout fonctionne. Evidemment ils n’avaient pas les même enjeux que moi.

L’âge de vos comédiens limitait les horaires de tournage. Ça a été une difficulté en soi ? - C’était dur quand même : 4 heures par jour, tout compris. C’était galère. Mais d’un autre côté, c’est normal et ils n’ont pas la concentration pour travailler 8 heures par jour. Le tournage a duré 9 semaines, ce qui peut sembler beaucoup mais quand tu es limité à 4 heures par jour, ça va vite.

Comment gériez-vous la distance dans le placement de la caméra ? - Quand je pouvais je m’éloignais un peu et je me mettais en longue focale, mais dans mes court-métrages je me mettais un peu loin et je trouvais que ça donnait un côté un peu voyeur ou un peu documentaire. Là, on assumait la présence de la caméra.

Les personnages vivent quelques fois des situations humiliantes, ce n’était pas difficile à gérer ? - Eux, ils s’en foutent. Souvent les ados manquent d’empathie. Ils n’ont pas la maturité nécessaire. C’est pour ça que c’est horrible dans les cours de collège car quand des gens se font humiliés, la plupart des autres se marrent parce qu’ils n’ont pas encore la maturité de se dire que ce n’est pas bien. Sur les réseaux sociaux il y a des vidéos horribles qui sont publiées et la majorité des commentaires se résume à « MDR ».

Comment s’est passé le montage ? - J’avais une super chef-monteuse. On avait beaucoup de rushes donc on a pris le temps de laisser mijoter. C’était vraiment le meilleur moment de toute la création du film. L’écriture c’est une torture, le tournage aussi. Tu as enfin les choses sous les yeux : tout va bien. Toutes tes inquiétudes se dissipent.

Parmi les situations comiques, vous faites intervenir des chiens, pourquoi ? - Je trouvais marrant que les enfants s’amusent à les déguiser. C’est juste un truc de comédie. Mes meilleurs souvenirs de délire quand j’étais c’est quand on faisait de trucs complètement débiles. Max (Boublil) était mon meilleur copain et on a fait pas mal de choses absurdes. C’est ça que j’aime chez les ados : ils font des choses que les adultes ne font pas. C’est un côté un peu stupide que je trouve tellement drôle, comme mettre une capote sur la tête d’un chien. Ça me fait rire.

Le personnage de l’oncle, interprété par Max Boublil, est un « adulescent ». Une thématique épinglée contemporaine. Était-ce une volonté de l’aborder parallèlement ? - C’est vrai que c’est un adulescent mais c’était plus l’idée d’un repère pour les ados. Une espèce de ringard qui donne des conseils à ses neveux. C’est un peu moi dans la vie. Je passe beaucoup de temps chez ma soeur et, comme je suis intermittent, je n’ai pas des horaires normaux. Je suis souvent en jogging dans leur canapé et je pompe dans le frigo. Et mes neveux me prennent un peu pour un ringard. On s’adore mais en même temps ils me considèrent comme un tocard. Je voulais retranscrire ça.

Le film a reçu le Prix du Public au FIFF de Namur. C’est important les sélections et les prix en festivals ? - Pour la sortie du film, c’est énorme. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si important. C’est fou. Tout est venu des festivals. Le distributeur s’est emballé. Le film est devenu, grâce aux festivals, notamment Namur et San Sebastian, une comédie commerciale dans l’esprit des gens. Alors qu’au départ c’est un film très personnel. Le retour du public est très intéressant en festivals. Bien qu’il est toujours très différent du public des salles qui est peut-être moins indulgent.

Le nouveau - affiche

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