Rosenn

On 12/03/2014 by Nicolas Gilson

Avec une épaisse couche de poussière – toute romanesque -, une mise en scène aux multiples artifices, un casting qu’il semble incapable de diriger, Yvan Le Moine livre un film qui nous laisse bien incrédules. Soporifique et lamentable, ROSENN se rêve pourtant génial. Il n’en est rien.

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« Au nom de la romance, toujours de la romance »

Rosenn (Hande Kodja), dans la fleur de l’âge, s’éprend de Lewis Lafoly (Ruppert Everett), un écrivain anglais âgé d’une cinquantaine d’années. Promise à son cousin, la jeune fille choisit la passion à la raison sans se rendre compte du visage qui se cache derrière le masque de la séduction.

Composée de trois mouvements, la trame narrative, cousue de fil blanc, est tout à la fois pompeuse et improbable. La passion qui réunit les deux amants est-elle on ne peut plus clichée et rance qu’Yvan Le Moine ponctue son scénario de saynètes tantôt décalées et incompréhensibles, tantôt d’une artificialité plus ridicule que cruelle. Plus encore, d’entrée de jeu, il met en place une dynamique de narration dont la tonalité vire au pur commentaire : Dieu se moquant en voix-over des actions et de la naïveté des protagonistes. Et lorsqu’à la voix divine répondent celles des amants – l’homme est-il pas écrivain qu’aucun écueil n’est évité – seul le rire s’impose. L’écriture qui se ressent incommensurablement d’un bout à l’autre se veut éprouvante et d’un rare pathétisme (comment avoir la moindre compassion pour Rosenn qui – et Dieu ne nous détrompe pas – semble d’une crédulité affligeante). Moult séquences sont autant de tableaux dont le goût est des plus douteux ou laisse coi.

ROSENN

Au scénario consternant répond une mise en scène plus pénible encore. C’est ici que la notion de « tableau » prend tout son sens. La mobilité de la caméra est telle qu’elle semble gambader ou virevolter parmi les protagonistes (songeons à l’ouverture), elle se veut aussi atrocement figée ou pompeuse au point de prétendre au plus pur expressionnisme. La photographie est pourtant à bien des moments proprement sublime mais à force de mélanger les approches Yvan Le Moine livre une fresque sans cohérence entremêlant en un capharnaüm des plans d’une rare intensité et des séquences franchement détestables. Et si l’ensemble est purement esthétisant, le réalisateur qui semble enfermé dans les années 1980 semble oublier que le cinéma est un médium…

Paraît-elle un temps atmosphérique que la musique n’est pas un simple enrobage : son emploi est tellement accablant qu’elle s’avère être un habillage dont les ornements nous pousseraient à ouvrir la bouche avec la délicatesse de Béatrice Dalle – qui a d’ailleurs quelques répliques dans le film.

Enfin – encore qu’il y a beaucoup de choses à (re)dire – l’interprétation est au-delà du ridicule. Ne pouvant avoir la moindre empathie pour Rosenn, le jeu de Hande Kodja n’en apparaît que plus appuyé tandis que l’absence sur les écrans de Ruppert Everett prend sens à chacune de ses apparitions. Rarement des dialogues aussi (mal) écrits ont-il été déclamé avec une telle artificialité. Gageons cependant que l’ensemble est étudié et que l’érudition d’Yvan Le Moine nous a échappé.

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ROSENN

Réalisation : Yvan Le Moine
Belgique / France / île de la Réunion – 2013 – 100 min
Distribution : Alpha Films
Drame

FIFA Mons 2014 – Compétition Officielle

 

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