Critique : Room

On 28/02/2016 by Nicolas Gilson

En signant l’adaptation du roman éponyme d’Emma Donogue, Lenny Abrahamson nous fond au ressenti du protagoniste de ROOM, Jack, qui fête tout juste ses 5 ans. Jouant avec nos perceptions et attisant notre curiosité, le réalisateur ouvre les pistes des possibles narratifs pour mieux nous emporter dans la réalité de l’histoire à laquelle il nous confronte bientôt. Écrit avec intelligence et habilement mené, le film est par ailleurs servi par une distribution remarquable.

Jack vit avec sa mère dans une pièce exigüe qui se meut en un terrain polyvalent où ils jouent, cuisinent et dorment. Le monde extérieur n’est accessible que par deux lucarne, l’une surplombant leurs têtes et s’ouvrant vers le ciel, et l’autre virtuelle de la télévision. Éduqué par sa seule mère, Jack a une perception singulière de la réalité ; de ce qui existe et de ce qui n’existe pas. Certains soirs, il dort dans « Monsieur Placard ». C’est lorsque « Old Nick » rend visite à sa mère, pénétrant leur espace, en en déverrouillant la porte codée, et leur apportant les denrées nécessaires à leur existence.

Room

Dans sa première partie, ROOM questionne proprement nos perceptions. D’emblée nous partageons celle de Jack avant d’observer la ritualité de son quotidien. En quelques scènes, et grâce au commentaire en voix-over du personnage, nous adhérons à la logique d’un monde clos, replié sur lui-même. Une logique qui néanmoins nous dépasse et pose la question de la survivance de Jack et de sa mère. L’arrivée de « Old Nick » renforce notre curiosité. Ne préfère-t-on pas fuir la réalité qui s’impose à nous à travers l’imaginaire ? Mais ROOM n’est pas un récit fantastique. Un basculement s’opère et la réalité nous rattrape alors qu’elle assomme la mère de Jack. Son fils a 5 ans. Cela fait 7 ans qu’elle vit dans cette chambre. Un espace certes nourri de fantasmes mais construit de désillusions. Elle ourdit une échappatoire désespérée.

Le scénario est-il habile que l’approche esthétique est saisissante. Non seulement nous adhérons à la réalité de vie de Jack mais au-delà, au fur et à mesure que nous la découvrons, nous prenons conscience de ce dont sa naïveté – conservée intacte par une mère aimante – le protège. Les gestes extrêmes qu’elle porte soudainement traduisent-ils une urgence indicible qu’ils conduisent à un second volet narratif développé selon une même logique de perception dont le champs esthétique s’ouvre à mesure que Jack appréhende « le monde ».

Room - Lenny Abrahamson

Rendant jusqu’alors la sensation d’un espace confiné (perçu très différemment par Jack ou par sa mère), Lenny Abrahamson transmet avec acuité les vertiges qui bouleverse bientôt l’enfant. La photographie, grâce au travail sur la lumière et sur la dynamique de (sur)cadrage, ancre un discours singulier sur la notion-même d’enfermement et de libération. Demeurons-nous à hauteur des perceptions de Jack que nous prenons conscience ce dont les personnages qui l’entourent – à l’instar jusqu’alors de sa mère – tente de le protéger. Et la force d’écriture s’impose alors dans les non-dits, saisis dans les silences ou les hésitations des personnages par le réalisateur.

Imperceptiblement l’approche se distancie du regard de Jack. Et malgré une orchestration musicale un peu trop dictatoriale – ou pour le moins soulignant avec force une émotion manifeste – nous observons son évolution. Et lorsque nous sommes prêts à lui dire au-revoir, le générique se dessine, laissant sur nos lèvres un délicat sourire pansant notre pincement au coeur.

Attention, la bande-annonce met tout à plat (il est préférable de ne pas la regarder avant de voir le film).

ROOM
♥♥♥
Réalisation : Lenny Abrahamson
Canada / Irlande / Royaume-Uni – 2015 – 118 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
DrameRoom Affiche

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