Robocop

On 30/04/2014 by Nicolas Gilson

Les Majors américaines n’ont-elles peur de rien ? En s’associant à la production de ROBOCOP, Metro Goldwyn Mayer et Columbia offrent un blockbuster mettant en scène la manipulation des masses qui repose paradoxalement sur un complet formatage. Entre normativité et moralisation, les nouvelles aventures du flic ressucité en disent long sur « notre » société.

Dans un futur proche où la sécurité est assurée par des robots militarisés, seuls les USA s’opposent à ce que cette solution adoptée à l’international investisse leur territoire car ces robots sont dépourvus de conscience. Dès lors, comme la société Omnicorp y voit un réel manque à gagner, afin de convaincre les politiciens d’abroger la loi interdisant l’exploitation de leurs produits sur le sol américain, elle décide de créer un cyborg en partie humain. Si celui-ci séduit l’opinion publique, le marché leur appartiendra.

Joel Kinnaman;Gary Oldman

« Après tout qu’y a-t-il de plus important que la sécurité des citoyens américains ? »

S’il est déjà amusant de faire un premier parallèle entre la loi de marché qui régit la vie même des blockbusters et la logique ici critiquée, ROBOCOP réserve bien d’autres surprises. Remake qui n’en est pas un – car il semble plus intéressant de créer une « nouvelle licence » – le film repose sur une logique révélant bien des stigmates. La prime introduction (mettant en place la réalité relative, l’existence des cyborgs et le but des vilains) s’appuie sur une critique des médias qui deviennent les outils de propagande d’industriels. Tel Jean-Pierre Pernaut ou les présentateurs de moult chaines italiennes ou russes, un certain Pat Novak semble s’adresser directement à nous ventant les mérites de la robotisation de l’armée et de la sécurité. Un petit direct en duplex depuis Téhéran (encadré d’un pittoresque « Rescue Teheran ») et en parallèle l’incursion au sein d’une famille locale – histoire de démultiplier les points de vue sans pour autant chercher à creuser plus avant – contribuent à un climat sans réel intérêt. Il s’agit plus d’encadrer le récit qu’autre chose – Pat Novak revenant d’ailleurs ensuite – en jouant sur les angoisses du peuple américain.

Les protagonistes peuvent alors prendre place et leurs caractéristiques – plutôt simiesques – se dessinent peu à peu. On découvre ainsi un industriel pourri, un gentil scientifique et un flic dévoué qui est épanoui puisqu’il a une femme et un enfant. Quelques scènes d’action témoignent de sa loyauté et de son efficacité tout en conduisant, sans étonnement, à la scène permettant enfin au film de démarrer. Le gentil flic tout super, tout génial aurait du mourir, il est sauver : Robocop est créé.

Joel Kinnaman stars in Columbia Pictures' "Robocop."

L’histoire, qu’importe qu’elle fonctionne, n’a aucun intérêt. C’est fluide et efficace malgré quelques longueurs. La curiosité provient du caractère contemporain du film et du sous-texte. Réelles caricatures, les protagonistes deviennent autant de miroirs (grossissant) de la société. Ainsi comment Robocop (à qui l’on administre des antidépresseurs)  pourrait-il être encore un homme « normal » puisqu’il n’est plus vraiment père et ne peut plus assumer son rôle de mari ? Au-delà il y a également la nécessité de tout montrer à l’instar du corps brûlé et déchiqueté de l’homme appelé à devenir cyborg ou encore de ce qu’il reste de lui (de son humanité?) ensuite. Comme s’il était impossible de comprendre ses enjeux psychologiques sans passer (seulement et uniquement) par une mise à nu qui tient du misérabilisme – et qui devient parallèlement un démonstration des possibilités offertes, aujourd’hui, par les effets spéciaux (et rendra désuet le film dans quelques années).

ROBOCOP a-t-il la prétention d’aborder des question d’éthique et de liberté que celles-ci sont proprement codées et formatées. Chaque protagoniste entre dans un moule hyper formaté comme l’épouse du cyborg dont l’absence de caractère est franchement pitoyable. Plus encore il s’agit d’être politiquement correct en jonglant avec les différences d’origine ethnique voire en jouant avec (« Now you have the right color done ») sous une ligne d’un politiquement correct des plus policée. Vive le consensualisme.

En s’offrant les service de José Padilha (à qui l’on doit le très réussi TROPA DE ELITE), les producteurs se sont assurés une réalisation bien menée. Habile chef d’orchestre, sans filmer Detroit avec la grâce de Jim Jarmush (ONLY LOVERS LEFT ALIVE), le réalisateur brésilien semble parfaitement maîtriser les artifices sans pour autant attester de la moindre singularité. Mais avec un scénario aussi cadenassé et moralisateur cela eut été un miracle – et la possibilité lui était-elle seulement offerte? Il jongle toutefois avec les effets spéciaux avec une réelle fluidité et ne donne pas (trop) dans la surenchère.

Robocop - affiche

ROBOCOP

Réalisation : José Padilha
USA – 2014 – 118 min
Distribution : Sony Entertainment
Action / Science-fiction

robocop-2014-movie-review-3

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