Critique : Ricky

On 04/03/2009 by Nicolas Gilson

Katie vit avec sa jeune fille dans un petit appartement au coeur d’une cité. Elle travaille à la chaîne dans une usine. Elle y rencontre un espagnol, Paco, qui devient rapidement son compagnon. De leur union naît Ricky. Afin de s’en occuper au mieux Paco va travailler de nuit. Il garde donc Ricky lorsque Katie travaille. D’étranges ecchymoses apparaissent alors sur le bébé. Katie, inquiète, en pense Paco responsable…

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COMME SI ROSETTA ACOUCHAIT D’UN SCHTROUMPF

RICKY est un film dual qui laisse proprement perplexe. Alors qu’il s’ouvre sur un réalisme brutal, il nous convie au coeur d’un récit fantastique. Or les choix stylistiques ne permettent pas d’adhérer à la logique narrative. Certains y trouveront sans doute un intérêt extraordinaire, une force voire une richesse. Là où la déception et le triste étonnement accablent les autres. Mais qu’est-il arrivé à François Ozon ?

Alors que le scénario esquisse une fable extraordinaire, en choisissant de le développer au coeur d’un univers dépourvu de toute artificialité le réalisateur dramatise à outrance un récit vide de réel intérêt. L’efficacité de la mise en scène est pourtant impressionnante. La scène d’ouverture est tout simplement bluffante : un gros plan fixe sur la protagoniste – interprétée par Alexandra Lamy – nous permet d’en découvrir la détresse. Pas de surjeu et aucun effet ; un rapport direct confrontant le spectateur au désarroi aussi terrible que pénible d’une femme au bord de la dépression nerveuse.

La réalisation et la mise en scène vont permettre de mettre en place un univers social particulier. François Ozon s’attarde sur les gestes et les rituels d’une famille comme jamais auparavant il ne l’a fait. Il met en place un réalisme presque perturbant. Et lorsque soudainement tout bascule au niveau narratif cette approche réaliste demeure. Seulement, malgré une direction d’acteur témoignant d’une troublante justesse – révélant notamment le talent d’Alexandra Lamy, cela rend le récit proprement ridicule.

L’artificialité du récit confrontée au réalisme de l’univers filmique engendre une distanciation perturbante. Comment adhérer à cette logique de conte de fée au sein d’un univers vérisimilaire ? Un peu comme si Rosetta accouchait d’un schtroumpf dans son parc à caravanes. La comparaison est sans doute cavalière mais pleine de sens. L’assimilation de l’artificiel au sein du réalisme visuel est par contre saisissante : les données fantastiques sont ainsi visuellement crédibles. Mais la crédulité s’arrête là.

Après le suffisant et autoréférentiel LE TEMPS QUI RESTE et l’infecte ANGEL comment ne pas être à nouveau déçu par François Ozon ? Alors qu’il démontre qu’il est un réalisateur talentueux, à la fois excellent metteur en scène et directeur d’acteur, il semble avouer malgré lui qu’il n’a plus la verve de ces premiers films. Où sont passés, entre autres, son irrévérence, ses questionnements sur le genre et sur l’identitaire … N’a-t-il en fait plus rien à dire ?

Ricky

RICKY

Réalisation : François OZON
France – 2008 – 90 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique/Fantastique
Enfants admis

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