Rencontre avec Jeanne Dandoy

On 15/02/2011 by Nicolas Gilson

A l’affiche de RUNDSKOP, le premier long-métrage du limbourgeois Michael R.Roskam, Jeanne Dandoy est venue à la Berlinale pour la première internationale du film. Une projection remplie d’émotions lors de laquelle l’attention de la jeune femme se portait sur le réalisateur plein d’appréhension.

L’humanité qui émane de sa personne est impressionnante. Lorsque Jeanne Dandoy aborde la projection, il n’est pas question d’elle mais du film, des personnages, du public et de Michael R. Roskam dont elle est très admirative et dont elle parle avec une douceur chaleureuse.

Bien sûr Jeanne Dandoy est heureuse de l’accueil qui a été réservé à BULLHEAD (qui dit première internationale dit titre international). Elle a pourtant été surprise que les applaudissements soient arrivés si vite au terme de la projection, alors que le générique commençait à défiler. Elle avait assisté à l’avant-première belge au terme de laquelle il y eu un temps avant que le public ne réagisse comme si le défilement du générique était nécessaire. A Berlin, le film a donc été applaudi deux fois, au début et à la fin du générique. Et l’espoir que le film fonctionne n’a rien d’égocentré dans l’esprit de l’actrice qui pense que le réalisateur mérite de rencontrer le succès, de toucher les gens autant que possible. Un succès déjà effectif en Belgique (en espérant que le public francophone se déplace dans les salles lorsqu’il sortira sur l’ensemble du territoire belge). Ce dont Jeanne a entendu parler, mais partie à Avignon pour écrire elle n’a découvert cela qu’à son retour. De manière amusante avec des invitations sur facebook ou en entendant, au Théâtre de la Place à Liège, des gens chuchoter que c’est elle l’actrice de TETE DE BOEUF.

Jeanne Dandoy est fière d’avoir pu prendre part au film, d’avoir atterri là-dessus. Une fierté effacée, pudique. Elle est arrivée sur le projet de manière décalée ou plutôt non conventionnelle, introduite auprès de Michaël R.Roskam par le biais d’un ami commun à qui le réalisateur a demandé de lui soumettre des comédiens pouvant tenir les rôles francophones de son film – ou plutôt liégeois, avec des accents croustillants, qui ne sont jamais caricaturaux. Ensuite de rencontres en essais, Jeanne obtient le rôle. Elle donne donc vie à Lucia, une esthéticienne-parfumeuse, une jeune fille ordinaire dont le quotidien ressemble à celui de beaucoup. Jeanne s’est appropriée le rôle. Il lui importait d’être juste, de ne pas forcer le trait. Pour construire son personnage, elle est allée sur le terrain pouvant ainsi proposer des choses au réalisateur. La confiance qu’il avait en elle était totale. Ainsi la séquence de la parfumerie repose essentiellement sur de l’improvisation. Le soucis de justesse importe fortement aux yeux de l’actrice. Il s’agit de respecter ces jeunes femmes qui ont souvent grandi dans un milieu machiste et dont la féminité aussi marquée n’est pas anodine.

A ses yeux c’est la thématique de l’enfance qui permet à chaque spectateur de se retrouver dans le film de Michael R.Roskam. L’universalité du film est pour elle évidente. Pour toucher le plus grand nombre, il faut être singulier, il faut parler de quelque chose de particulier. Il faut en somme être précis.

Et c’est dans sa précision que Jeanne Dandoy aime le cinéma belge. Elle s’y reconnaît dans beaucoup de choses. Elle aime la dérision de LA MERDITUDE DES CHOSES, la subtilité du film ELDORADO. Elle avoue d’ailleurs avoir un faible pour les road-movies. Elle apprécie l’univers de Jaco Van Dormael. Si TOTO LE HEROS est à ses yeux le premier film belge grand public, il lui apparait regrettable que le réalisateur ne prenne pas moins de temps entre deux projets. Jeanne aime également beaucoup le travail des frères Dardenne. Elle en apprécie la démarche. Elle trouve leur cinéma très précis et très honnête. Elle est admirative quant à la force avec laquelle ils mettent en scène leur région et des petites gens, sans que jamais leurs films ne soient misérabilistes. Elle voit chez eux un amour, un respect, une intelligence. Elle s’étonne vivement que le cinéma belge soit boudé par son public. Car les réalisateurs ou les auteurs de qualité sont nombreux. Ainsi elle évoque encore le travail de Johaquim Lafosse ou de son ami Fabrize Du Weltz…

Jeanne Dandoy avoue que pour pouvoir jouer au cinéma il lui fallait avoir confiance en ses capacités. Alors qu’elle est pourtant applaudie et reconnue dans le milieu théâtral où elle joue, écrit et met en scène. Elle semble amusée lorsqu’elle avoue qu’elle voulait être réalisatrice avant de se diriger vers la comédie. Mais elle craignait d’être frustrée par la position d’être derrière et non devant la caméra. C’est ainsi, au désespoir de ses parents, qu’elle est devenue actrice. Car les aprioris sur la profession sont nombreux. La légitimé, elle l’a trouvée dans l’écriture. Et c’est sans aucun doute parce qu’elle a des choses à dire que Jeanne Dandoy est devenue dramaturge. Elle travaille d’ailleurs en ce moment sur deux projets d’écriture dans lesquels elle jouera et dont elle en mettra un en scène. Des projets qui explosent les barrières communautaires et linguistiques. Car l’actrice est persuadée que wallons et flamands peuvent travailler ensemble. Et RUNDSKOP n’est pas une exception : dans le milieu artistique belge, de manière générale, les barrières n’existent pas vraiment. Mais l’actrice semble déplorer quelque peu que le milieu artistique apparaisse à ce niveau privilégié.

De passage rapide à Berlin, Jeanne Dandoy, qui aime le cinéma mais avoue s’y rendre fort peu – car pour les films, contrairement au théâtre où elle se rend beaucoup, il y a toujours les DVDs, n’aura pas eu le temps de se glisser dans les salles de la Berlinale. Elle n’a ainsi pas pu découvrir le film de Wim Wenders, un réalisateur qu’elle apprécie particulièrement et pour qui elle a eu une pensée en arrivant dans la cité des AILES DU DESIRS. Mais le plaisir de pouvoir être là, même brièvement, pour le film de Michaël, la rend heureuse. Un bonheur irradiant.

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