REC 2

On 15/12/2009 by Nicolas Gilson

Si REC s’impose comme un terrible film de genre dont l’épure esthétique est le principal garant d’une tension habillement construite et intenable pour le spectateur, REC 2, qui en est la suite, est une réelle déception.

Un même théâtre sert de décor : l’immeuble mis en quarantaine du premier volet, lieu de possessions et de mises à mort plurielles, où se retrouvaient seules la journaliste et la créature démoniaque ; l’héroïne et la cause de l’effroi. L’image finale de REC s’impose dès l’ouverture du film, afin de placer le spectateur en condition : la jeune reporter dans l’obscurité crie la nécessité de continuer à filmer, à enregistrer tout, tout … tandis que la «bête» s’empare d’elle.

Car c’est cette idée d’enregistrement qui faisait la richesse du premier épisode. Une journaliste d’une émission proche de la télé-réalité, accompagnée de son cameraman, suit une équipe de pompiers dans ce qui aurait du être une banale intervention. Une approche stylistique radicale, celle de la subjectivité d’une caméra qui n’enregistre pas tout, qui ne laisse percevoir que ce qui entre dans son cadre et qui ancre une terrible hypothèse de hors-champs … Le premier volet apparaît comme un document, comme si tout ce qui a été enregistré avait été retrouvé … Rien de bien neuf, mais la construction témoigne d’une réelle intelligence si bien qu’elle permet d’envisager une critique de la course à l’événement de la part des médias. Une écriture riche qui met en place des personnages construits, des tensions de voisinage rendant crédibles l’ensemble des protagonistes … Mais rien de cela ne transparaît dans la suite.

L’enregistrement doit être à nouveau central afin que le «truc» du point de vue subjectif puisse à nouveau servir de conditionnement : alors c’est tout naturellement que l’équipe de militaires censés pénétrer l’immeuble est dotée d’une caméra ; mieux encore certains casques sont pourvus d’une mini caméra afin que plusieurs points de vue soient enregistrables. Ca semble intéressant … le bal s’ouvre intelligemment avant de s’avérer presque pathétique.

Les raisons sont multiples. La première, la plus évidente, provient de l’écriture même et de l’épuisement évident de l’effet scénaristique : le point de vue subjectif des seuls militaires s’essouffle rapidement dès lors il faut faire intervenir d’autres protagonistes … Le film flirte alors une première fois avec le ridicule. Une série de protagonistes sans grand intérêt mais qui seront sans doute exploité dans le troisième volet … Mais le summum provient de la réapparition de la journaliste du premier volet … terrifiant ! Afin de faire tenir le tout une bonne dose de théorie démoniaque est nécessaire. Cela fonctionnait dans le premier épisode mais épuise autant qu’elle ne s’épuise elle-même ici.

La radicalité esthétique ne fonctionne que bancalement tant l’écriture se veut artificielle – les personnages sont dépourvus de toute caractérisation autre que caricaturale. Dès lors afin de renforcer le truc sur lequel s’appuie gauchement l’ensemble les renforts musicaux et sonores sont nécessaires ! L’épure première est annihilée. Tout intérêt s’envole. Le film sombre alors dans la banalité du film de genre commercial. A éviter.

REC2

*

Réalisation : Jaume BALAGUERO et Paco PLAZA

Espagne – 2009 – 85 min

Distribution : Cinéart

Horreur / Fantastique

EA (!)

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