Rebelle

On 15/01/2013 by Nicolas Gilson

Kim Nguyen met en scène la réalité des enfants soldats en Afrique. Il épouse le regard d’une jeune adolescente qui attend un enfant et se sent le devoir de lui conter son histoire. Celle-ci commence lors de son enlèvement par des rebelles… Admirable portrait humain et humaniste, empli de poésie, REBELLE glace le sang et irradie tout à la fois.

Alors insouciante, Komona, qui vit dans un bidonville en bord de mer, voit sa vie basculer lorsqu’elle est raflée avec les autres enfants de son village. La violence est telle que la fillette est contrainte à abattre ses parents. Elle s’engouffre ensuite dans la forêt et voit son quotidien basculer dans le sang et la peur. D’emblée l’approche voulue par le réalisateur est habile et sensible : il nous rend complice de Komona, qui s’adresse à son futur enfant, et dessine un aboutissement « heureux ». Plus qu’induire une complicité, l’emploi de la narration en voix-over – qui ponctue le film – permet de transcender la réalité subie à l’instar de la dépersonnalisation. Elle affirme une voix, un sujet (le « je ») et son existence. Elle assure aussi, à travers le dialogue, une transmission.

Le parcours de Komona est le nerf central du film. Enlevée en même temps que d’autres, elle devient l’illustration d’une vérité, un regard sur une cruelle réalité. Au fil de son récit c’est aussi le portrait d’une certaine Afrique, de la réalité derrière les conflits civils dont le sens lui/nous échappe, qui prend place à mesure que l’effroi et la joie, la dureté et un lyrisme certain – celui de belles traditions – se rencontrent. Au coeur de l’horreur, Kim Nguyen insuffle à son film de nombreux éléments poétiques. Ainsi Komona ne voit pas les cadavres mais leurs fantômes et conserve une part de naïveté pleine de douceur.

L’approche demeure toutefois très réaliste, le réalisateur optant pour une mobilité de la captation et un cadre souvent serré afin de faire corps avec la nervosité ambiante. Il accorde un réelle importance aux gestes et aux objets – comme la machette – dont l’évolution au cours du film fait sens. Kim Nguyen dirige également avec brio l’ensemble des comédiens – le jeune Rachel Mwanza qui interprète Komona est sublime – au point que le regard des enfants, souvent, nous foudroie.

REBELLE est un film fort, magique et troublant.

REBELLE
♥♥♥
Réalisation : Kim NGUYEN
Canada – 2012 – 90 min
Distribution Imagine Film
Drame

Berlinale 2012 – Compétition Officielle
Oscars 2013 – Nomination meilleur film en langue étrangère

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>