Critique : Rapt

On 08/12/2009 by Nicolas Gilson

Homme d’industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands. Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c’est par la dignité qu’il répond à la barbarie. Coupé du monde, ne recevant que des bribes d’informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait. Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu’il avait réussi à garder d’intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l’enquête de police ou celle de la presse. Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu’il imaginait. Rapt

Libre adaptation de l’histoire du Baron Empain, RAPT ne convainc que fort peu tant l’artificialité de la mise en scène et le caractère récitatif des dialogues conduisent à la désolation. Yvan Attal y est cependant déroutant : il donne vie à un personnage pluriel, qui évolue des codes des hautes sphères à une âpre et physique déshumanisation. Une interprétation magistrale au coeur d’un thriller tristement esthétisant.

D’emblée la froideur et la distanciation ancrées par la réalisation s’imposent. La captation des gestes du protagoniste principal, Stanislas Graaf, et de son environnement – professionnel, familial ou de loisir – met en place une sorte de déférence. Une suffisance judicieuse car caractéristique de l’univers social auquel appartient Graaf. Cependant la dynamique esthétique tend à la pure stylisation du mouvement – de panneaux en travellings – confortant une impression quasi aérienne d’appréhension. Une cruelle mise à distance renforcée par une direction d’acteur plus que palpable : le texte se sent, l’écriture des dialogues se ressent … tout semble sonner faux, bien au-delà de la considération bourgeoise.

Toutefois deux lignes esthétiques s’esquissent comme deux lignes directionnelles. Graaf est arraché à son univers bourgeois et il est séquestré en un lieu clos oppressant. Cette oppression spatiale et psychologique est habilement transposée à l’écran. Le regard du spectateur est intelligemment conditionné ; se fondant presque à celui du séquestré, il le confronte à l’atrocité de la situation sans être plus au su que ne l’est le protagoniste. Yvan Attal est foudroyant. Sa nervosité transcende l’écran. A la fois dur et chétif il donne corps et vie à une terrible dynamique de déshumanisation à la fois physique et morale.

Cependant la dualité esthétique ne fonctionne pas tant la stylisation prime. Le spectateur est inexorablement mis à distance. Pire le rythme des scènes de jeu est tel qu’elles en deviennent ridicules. Bien que de qualité le casting en perd tout crédit. Anne Consigny est épouvantable voire éprouvante. Reposant pourtant sur un développent narratif intéressant RAPT ne séduit tristement pas.

RAPT
♥♥
Réalisation : Lucas BELVAUX
France / Belgique – 2008 – 125 min
Distribution : Cinéart
Thriller – Drame

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