Rabbit Hole

On 12/04/2011 by Nicolas Gilson

Avec RABBIT HOLE, l’auteur de HEDWIG AND THE ANGRY INCH et de SHORTBUS propose un film classique qui n’en est pas moins singulier. John Cameron Mitchell conte le drame qui anime un couple suite au décès de leur enfant. Le personnage de la mère (Becca), interprété par Nicole Kidman, est central. Et sa douleur, loin d’être monstrative, est troublante tant elle est contagieuse.

D’emblée les gestes sont porteurs de sens et une symbolique matricielle prend place avec finesse. L’espace-lieu qu’est la maison familiale s’impose comme central. Becca nettoie la terre qui borde le jardin et y plante de nouvelles pousses. Ses gestes sont emplis d’attention, trop sans doute. Et ce trop plein n’est pas anodin. Voudrait-elle maitriser les éléments qu’elle ne le pourrait pas. Elle porte la vie, la transporte mais celle-ci, déjà, ne lui appartient plus.

La construction scénaristique est habile. S’il est d’abord nécessaire de rencontrer les protagonistes dans leurs silences et dans les non-dits qui règlent leur quotidien, c’est qu’eux-mêmes se mentent et ne font pas face à la réalité qui est devenue la leur. Les segments narratifs sont clairement identifiables. Ils correspondent au parcours du couple. Becca et Howie ne sont pas égaux devant le drame qui les a emporté. La centralité de Becca est évidente, mais Howie n’en est pas pour autant vainement secondaire. Le cheminement de chacun des parents prend place avec justesse.

En adaptant sa propre pièce de théâtre au cinéma, David Lindsay-Abaire signe un scénario brillant. Les situation sont à la fois fortes et intelligentes, chaque séquence fait sens. La caractérisation des protagonistes est à la fois éclairée et éclairante – une justesse qui se retrouve tant dans les costumes que dans les décors. David Lindsay-Abaire témoigne d’une économie narrative pertinente sans jamais sombrer dans la vaine (dé)monstration. Nombreux sont les sentiments et le sensations qui nous percutent : tensions, douleurs, joies, peines, soulagements.

La qualité des répliques est à souligner. Les échanges sont souvent tendus, les différents protagonistes ne s’épargnent pas dans des joutes verbales quelques fois assassines… et les silences n’en sont que plus pertinents.

John Cameron Mitchell propose de découvrir une page qui se tourne. Il chante la vie malgré la mort ; il esquisse l’amour au-delà du deuil. Bien que classique, sa mise en scène est touchante voire ponctuellement troublante grâce notamment à une qualité d’interprétation indéniable de la part de l’ensemble du casting.

RABBIT HOLE
♥♥(♥)
Réalisation : John Cameron Mitchell
USA – 2010 – 92 min
Distribution : Lumière
Drame
EA

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