Interview : Quentin Dolmaire & Lou Roy-Lecollinet

On 15/05/2015 by Nicolas Gilson

Dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet interprètent les personnages de Paul Dédalus et d’Esther qui s’aiment d’un amour absolu. La jeune lycéenne est arrivée sur le projet parce que son professeur d’art dramatique a eu vent d’un casting et c’est une même logique qui a guidé Quentin à suivre les recommandations de son professeur du cours Simon. Plongés dans les années 1980, ils vivent sous le regard d’Arnaud Desplechin une passion excessive, charnelle et bientôt épistolaire. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, le film marque leurs débuts au cinéma : une double révélation. Rencontre.

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Que saviez-vous du projet lorsque vous avez passé le casting ?
Quentin Dolmaire : On savait que c’était un prequel et que c’était une histoire d’amour.
Lou Roy-Lecollinet : On savait qu’il y avait des potes. Il y avait une description qui circulait sur internet : « Un jeune homme littéraire et volubile, une jeune fille avec une belle assurance et puis… le trublion de la bande, « l’histrion ».
QD : On a reçu le scénario un peu avant qu’il nous dise que c’était nous.

Est-ce que vous connaissiez les films d’Arnaud Desplechin ?
LRL : Moi je connaissais son nom comme je connaissais de nom COMMENT JE ME SUIS DISPUTE et UN CONTE DE NOEL. Après, en n’étant pas cinéphiles, on n’en avait jamais vu.
QD : Du coup, moi, j’ai tout regardé. A part LEO, EN JOUANT « DANS LA COMPAGNIE DES HOMMES » que je n’ai pas terminé.
LRL : Moi pas encore, j’y arrive pas. Je l’entends parler.

Quel a été votre ressenti à la découverte du scénario ?
LRL : C’était assez curieux comme expérience. On n’avait jamais lu de scénario.
QD : Et au premier abord c’est un peu rude.
LRL : On ne savait pas du tout à quoi s’attendre ni quoi en tirer. Je me suis trouvée perplexe : je l’ai lu, je l’ai regardé et je me suis dit « bon ».
QD : C’est un métier de savoir lire un scénario, ce que je ne savais pas, pour les mecs qui achètent les films. On n’a clairement pas su en tirer quoi que ce soit.
LRL : Mais comme de toute façon tout était mystérieux, comme c’était la première fois pour tout, on ne s’est pas trop rendu compte des subtilités scénaristiques.
QD : Du coup il y avait une grosse excitation durant la préparation parce qu’on attendait beaucoup d’Arnaud, du tournage, de ce qu’il allait amener… Et puis, dans le cinéma, il y a plus de magie qu’au théâtre où tout est cadré. C’est quelques chose que je ne soupçonnais pas.

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Comment la préparation s’est-elle déroulée ? Y a-t-il eu des répétitions ?
QD : Il y en a eu pour certaines scènes précises mais comme nous ne sommes pas des acteurs expérimentés, je pense qu’Arnaud ne voulait pas user les scènes. On avait une fraîcheur due à notre âge et au fait qu’on n’avait jamais tourné, et il fallait le voir. Il ne s’agissait pas de tout péter durant la prépa.
LRL : Je crois qu’Arnaud n’aime pas trop ça pour cette raison. Mais on a fait quelques lectures parce qu’ils ne savaient pas comment travailler avec des jeunes.
QD : Trente ans de différence.
LRL : Il dit lui-même qu’il pourrait être notre père, donc c’est un peu compliqué. On a fait des lectures pour découvrir le texte avec quelqu’un qui sait le lire. Et ça a aidé. Ce n’était jamais des répétitions à proprement parler. Ça pouvait être des indications, des explications techniques. Par exemple, pour les scènes intimes, on a fait des répétitions, des chorégraphies pour pouvoir y aller franco au moment du tournage et ne faire que deux prises.

« Il nous a parlé de « La vie d’Adèle » et on a eu un peu peur »

Vous évoquez ce rapport à l’intime. Comment aborde-t-on la question de se retrouver nu ou presque face à la caméra ?
LRL : C’est un peu compliqué. Pour les scènes intimes il y avait l’appréhension de ne pas trop savoir ce que ça allait donner, d’autant qu’il n’y en a pas trop des ses films. Il nous a parlé de LA VIE D’ADELE et on a eu un peu peur. Mais au final ça a été. Cette appréhension, cette pudeur est vite passée, surtout que je suis nue absolument tout le film. Mais tout était source d’appréhension car tout était nouveau : crier, pleurer, rire… Tout était nouveau. C’était stressant mais le stress s’est peut-être allégé du fait que tout était stressant et excitant.
QD : Ce qui est important chez Arnaud, c’est la foi dans le cinéma. On sent que c’est un mec honnête tant dans ses intentions – parce qu’il, sait que le cinéma c’est avec l’humain qu’il va se faire – que durant le tournage. C’est là qu’il est touchant. Les acteurs le passionnent et ça se sent, mais il est attentionné avec tout le monde. Il ne lâche rien. On se fait des préjugés sur le milieu. C’était très rassurant de voir le mec simple et passionné qu’il y avait derrière. On savait que pour les scènes de cul, il n’y aurait pas de malveillance.
LRL : Du coup, c’était même plus du cul. C’était de l’amour physique. Même si je suis nue souvent, je n’ai pas eu l’impression d’être filmée pour faire vendre quelque chose. Jamais je n’ai senti un regard malsain.

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Toutes ces scènes intimes sont habitées par le dialogue. Comment avez-vous aborder le texte ?
QD : Il n’y a pas d’improvisation mais, en même temps, Arnaud nous laisse une liberté quasi totale. Pour ce qui est du texte, Paul Dédalus peut tout exprimer. Après, ce qui m’a marqué quand j’ai vu Arnaud, c’est à quel point il ressemble à Mathieu (Amalric) dans la gestuelle notamment. Le fait de le voir dans la vie de tous les jours m’a nourri. Il nous a montré des films aussi dont BAISER VOLE de Truffaut pour le jeu désincarné.
LRL : C’est vraiment de l’ordre de la collaboration. Quand on lit le texte, on se dit que personne ne parle comme ça dans la vie. Il se trouve qu’Arnaud parle comme ça. On se demande qui est crédible en disant certaines phrases, il arrive, il les lit et on est d’accord. Du coup les mots, dans sa bouche, prenaient sens. Il voulait peut-être trouver la fraicheur qui allait jurer avec ce textes là. Il y avait beaucoup de question à se poser et je pense qu’on a bien fait de ne s’en poser aucune. Il fallait rester ouvert à ce qu’Arnaud pouvait nous donner et, en même temps, être prêts à lui offrir ce qu’il pouvait prendre. Il su exploiter cet engagement qu’on avait envers lui, le film et les personnages. Il se sert de choses très quotidiennes ou de détails. Il sait ce qui va donner vie au texte à travers ce que l’on a en nous.
QD : Plus le texte fait peur, plus il faut essayer de l’aborder simplement en lui donnant une légèreté.
LRL : Il y a un moment où je me suis dit que ce n’était pas possible, que je devais dire non et qu’il faisaient une erreur monumentale en me prenant dans leur film. Et puis je me suis dit que si son film est nul, je m’en fous : moi, je pars à Roubaix pendant les vacances et puis c’est bon.

La temporalité du film vous plonge dans les années 1980. Quelles impressions cette immersion a-t-elle provoquées chez vous ?
LRL : C’est une période qui m’a toujours fait rêver, notamment la chute du mur de Berlin. J’ai toujours adoré le style et la musique, même si c’est très ringard. C’était plutôt un plaisir. Mais hormis les décors, les costumes et la musique, pour nous, ça n’a pas eu trop d’impact. Je pense que ça en a un pour le spectateur.
QD : C’est surtout le boulot des décorateurs. Arnaud ne fait pas un film sur la société. Jamais il ne nous en a parlé. Comme le film traite de sentiments pures, très vite, l’aspect générationnel, on ne s’en est pas occupé. Ça ce voit à l’image mais ce n’est pas une responsabilité.
L : C’était même mieux qu’on n’ait as ça en tête. Du coup ça mélangeait les années 1980 et notre génération, ce qui permettait de donner des personnages intemporels.
Q : Il ne s’agissait pas non plus de frustrer ce qu’on avait comme habitudes dans l’ordre de notre génération.
L : Que ce soit par rapport au jeu ou à l’époque, Arnaud ne nous a jamais demandé d’être autre chose que ce qu’on était.

trois souvenirs de ma jeunesse - poster

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