Queer Palm 2015 : Amours Plurielles

On 24/05/2015 by Nicolas Gilson

A la veille de la clôture du festival de Cannes – et après celles de sections parallèles – la Queer Palm a dévoilé son Palmarès dans le cadre « décontracté » du Silencio. Comme en 2012 le hasard des sélections permettait au Jury de d’honorer à la fois un long et un court métrage. Si c’est sans surprise que CAROL de Todd Haynes a été célébré, Desiree Akhavan, la Présidente du Jury, a souligné intelligemment l’intérêt du prix en rappelant son implication politique au travers de la remise en question de toute normalisation.

Carol-cannes2015

Le film que nous avons choisi de primer est plus qu’un film, il est un moment de l’histoire. Pour la première fois une histoire d’amour entre deux femmes a été traitée avec le respect et l’importance de tout autre romance cinématographique mainstream. Pour ses performances déchirantes, sa superbe mise en scène et sa maîtrise cinématographique, nous sommes fiers d’honorer CAROL de la Queer Palm.

Si l’on peut regretter la publicité du prix autour d’un Jury entièrement féminin – un choix paradoxal lorsqu’il s’agit de célébrer la diversité – cette 6 ème édition de la queer Palm marque peut-être un tournant par la mention accordée à THE LOBSTER de Yorgos Lanthimos qui s’il ne contient pas une histoire d’homosexualité se distingue comme une allégorie se moquant des règles sociales absurdes et des règlements liés au couple. De loin le film le plus queer de cette édition, THE LOBSTER ne figurait pourtant pas dans la « short list » établie par les organisateurs.

Des films queer ?

Comme chaque année, la liste des films queer établie par les organisateurs laisse dubitatif… Est-ce le maigre travestissement d’Anaïs Demoustier en homme le temps d’une séquence ou l’inceste consommé entre un frère et une soeur qui a assis la sélection de MARGUERITE ET JULIEN de Valérie Donzelli ? La promiscuité de militaires dans les plain afghane justifie-t-elle celle de NI LE CILE NI LA TERRE de Clément Cogitore ? On ne peut qu’imaginer les débats autour de LOVE de Gaspar Noé – ouvertement homophobe tout en se moquant de la fermeture d’esprit des hétéros fantasmant les jeux lesbiens – ou encore de DOPE de Rick Famuyiwa qui met tout à la fois en scène une lesbienne qui assume son orientation sexuelle et une pleine objectualisation de la femme…

Comme l’a souligné Desiree Akhavan la sélection cannoise fait preuve d’une pénurie de films ouvertement gay, aussi c’est sans surprise aucune que le film de Todd Haynes, adapté du roman de Patricia Highsmith, a remporté les préférences du jury. Si CAROL portait favori, il se dessinait aussi et surtout comme le seul film dont l’homosexualité est le questionnement central.

Lanthimos - The Lobster

On aurait pu s’attendre à ce que MUSTANG de Deniz Gamze Erguven ou MUCH LOVED de Nabil Ayouch reçoive le prix. Les deux films, différemment, s’imposent comme féministes… une facette de la Queer Palm qui n’a guère brillé jusqu’à présent. Mais CAROL corrige le tir puisque derrière l’histoire d’amour entre deux femmes, il est question de la grande histoire, du combat des droits des femmes pour leur égalité et leur liberté, mais aussi du combat pour les minorités sexuelles. Côté court-métrage, le Jury a porté son choix sur un film par ailleurs primé à la Cinéfondation : LOCAS PERDIDAS d’Ignacio Juricic Merillan, qui était présent pour recevoir son prix.

Faisant peu à peu sa place dans le cortège des festivités cannoises et des prix parallèles, la Queer Palm trouve, à force de persévérance, sa place au yeux du Festival-même – en témoigne, outre la montée officielles des marches du Jury, la présence pour la première fois de l’équipe de la télévision du festival lors de la remise du prix. La balle est plus que jamais dans le camps des sélectionneurs de l’ensemble des sections – officielles et parallèles – puisque ce sont leurs choix et la communication autour de ceux-ci qui peuvent enfin conduire à une liste queer qui ne serait pas conçue à l’aveugle.

La polémique Dolan

Dans le feuillet de la Queer Palm, Didier Roth-Bettoni revenant sur l’année 2014 du cinéma queer a évoqué la polémique liant la Queer Palm à Xavier Dolan, qui refuse de prix qu’il a reçu en 2012 pour LAURENCE ANYWAYS. Lors de la cérémonie de remise des prix, Desiree Akhavan est elle aussi revenue sur les propos du cinéaste. L’an dernier Xavier Dolan a déclaré que l’existence de la Queer Palm le dégoute. Je suis en désaccord. EJ ne voit pas de tels prix comme ceux de la division mais comme la publicité et la mise en avant de l’existence d’un cinéma queer. Le cinéma queer compte. Il est important car c’est à travers lui que j’ai rencontré mes premiers amis homosexuels et que j’ai trouvé l’unique source de réconfort que ej pouvais trouver lorsquej’ai fait mon coming-out et que j’essayais de comprendre ce que signifiait « être gay » pour le reste de ma vie. (…) Si l’étiquette de cinéaste gay vous dégoute, il faut vous consacrez à redéfinir l’étiquette en faisant de bons films « gay ». Des propos nuancés par Panos Koutras, présent pour remettre le prix au distributeur de CAROL, qui souligne le droit de chacun à exprimer son ressenti et qui peut comprendre la position de Xavier Dolan même s’il ne la partage pas.

 Queer Palm 2015 - affiche

 jury queer palm 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>