Queer Palm 2014 : « Pride » ?

On 31/05/2014 by Nicolas Gilson

Après 5 ans d’existence, force est de constater que la Queer Palm peine à trouver une pleine visibilité. Et la principale critique se doit d’etre adressée aux organisateurs de l’événement qui ne transmettent pas l’information. Certes – et c’est légitime – la Queer Palm a un partenariat historique avec Yagg (maintenant lié à Têtu) mais est-ce une raison pour ne pas communiquer sur l’événement vers la presse (généraliste et cinéma) ni mettre à jour son (nouveau) site Internet ?

Toutefois avec le réalisateur Bruce LaBruce comme président du Jury, alors que son film GERONTOPHILIA animait les esprits de la critique française, l’événement marginal du Festival de Cannes a fait parlé de lui. Par contre, une fois les sélections officielles et parallèles dévoilées, il fallait chercher l’information pour trouver quels étaient les films « queer » pourtant épinglés par les organisateurs du prix.

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Choisis – apriori – sur la seule base de leur synopsis ou du nom du réalisateur, 13 films semblaient être en lice. Au final seule une bonne moitié demeure, aussi le fait que la sélection de ces films ne soit toujours pas sur le site de l’événement alors que le festival battait son plein est peut-être préférable…

Certes l’équipe est bénévole mais il apparaît nécessaire de rompre avec un « m’as-tu vu » plus parisien que cannois (c’est dire) et ancrer un travail de communication notamment auprès de la presse autre que épinglée LGBT. Car si l’antre de la Queer Palm, une boîte répondant cette année au nom de « La Dame de Coeur », est relativement accessible à tous (moyennant une entrée surtaxée le week-end mais c’est un autre débat), encore faut-il être au su de son existence…

Alors que les Teddy sont pleinement intégrés à la Berlinale, la Queer Palm parvient-elle à trouver sa légitimité ? A la lumière de la remise du prix de cette édition – annoncée à la dernière minute à la soirée de clôture de la Quinzaine et uniquement accessible à ceux qui y étaient invités –, la question est ouverte. Si son jury monte officiellement les marches et si l’accès aux films lui est maintenant assuré, la Queer Palm peine à s’imposer aux yeux de tous et à prendre, enfin, son (nécessaire) envol.

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Car il est regrettable que ce soit dans la cacophonie et l’indifférence générale que l’on célèbre les différences et le cinéma qui les met en lumière.

Aussi, il serait peut-être nécessaire de s’inspirer de la rencontre entre festivals queer qui a lieu à Berlin et de profiter du principal « marché du film » international afin de mettre en place, parallèlement au prix, un espace de rencontre entre les producteurs, les réalisateurs, les festivals et les exploitants : une légitimation de fait, au-delà d’une simple récompense, qui valoriserait l’organisation tant vis à vis du Festival que de la presse.

Côté films…

Néanmoins cette 67 ème édition du festival le plus couvert médiatiquement au monde (un fichier par ailleurs accessible aux organisateurs), a été marquée par la présentation de nombreux films queer proprement incontournables. Parmi ceux-ci, le jury emporté par Bruce LaBruce a opté pour le militantisme en primant PRIDE de Matthew Warchus, un film « classique et assez faible cinématographiquement » mais dont le sujet est fort, riche, et rappelle l’importance de se battre pour ses droits et ses valeurs.

Un choix justifiable et justifié avec insistance. PRIDE est une comédie sociale très british dans la veine d’un FULL MONTY qui revient sur un épisode méconnu des années noires du Royaume-Uni dirigé par Margaret Tatcher. Drôle et mielleux, il présente l’intérêt de témoigner de la force de l’engagement sociétal du militantisme gay et lesbien au-delà de ses propres revendications.

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Sur la petite dizaine de films « queer » de cette édition, certains se voulaient tant sur le fond que sur la forme magistraux à l’instar de PARTY GIRL, BANDE DE FILLES, SAINT LAURENT – et, dans une toute autre mesure, MOMMY de Xavier Dolan (cette éternelle relation mère-fils).

PARTY GIRL de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis met en scène Angélique, une entraineuse de 60 ans, qui décide de se marier et d’avoir une vie normale. Le film qui entremêle fiction et réalité met en perspective la « normalité ». Le scénario s’inspire de la vie de la mère d’un des réalisateurs tandis que le casting est composé des vrais personn(ag)es ou d’acteurs amateurs. Un (brillant) objet cinématographique queer en soi. Trop trouble pour être primé.

Avec SAINT LAURENT, Bertrand Bonello dépasse l’hypothèse du biopic et construit le portrait d’un homme animé par ses passions et ses pulsions. Amours et sexualité, drogues et désirs, hantent le film de bout en bout. Le portrait est sublime et apparaît être le regard porté sur lui même par Saint-Laurent. On dépasse l’homosexualité, on dépasse même toute sexualité mais la fragilité individuelle ne paye pas.

BANDE DE FILLES de Céline Sciamma qui ouvrait la Quinzaine des réalisateurs aurait mérité le prix. Derrière le portrait d’une jeune ado noire de banlieue, le film est un réel pamphlet féministe dénonçant avec finesse les affres d’une société masculiniste. Quelle liberté la société offre-t-elle aux femmes ? Quelle est sa place dans un monde répondant au jugement des hommes ? Quelle peut-être sa sexualité ? Peut-elle seulement exister ? Un choix qui aurait témoigné d’une ouverture d’esprit – et qui, enfin, aurait récompensé une réalisatrice (de talent).

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