Critique : Queen of the Desert

On 08/02/2015 by Nicolas Gilson

Laissant dubitatif, la découverte de QUEEN OF THE DESERT nous conduit à une double interrogation : Werner Herzog cherche-t-il à redonner vie au cinéma camp et à tourner en dérision le numérique ? Au fil d’un inénarrable biopic s’intéressant à la figure de Gertrude Bell, il paraît mettre en scène deux films qui se juxtaposent au sein desquels glisse avec une grâce trop appuyée la figure désincarnée de Nicole Kidman.

Queen of the Desert - Werner Herzog - © 2013 QOTD Film Investment Ltd. All Rights Reserved

Gertrude Bell (Nicole Kidman) n’est pas en phase avec son temps. Fière d’être l’une des quatre femmes diplômées d’Oxford, elle éconduit chacun de ses prétendants au désespoir de sa mère. Gertrude rêve de saisir les rennes de sa propre vie aussi c’est nourrie de curiosité et d’excitation qu’elle accepte la proposition de son père et se rend à Téhéran chez son oncle, ambassadeur du Royaume-Uni. Elle y rencontre Henry Cadogan (James Franco), qui partage ses passions et son érudition, et en tombe follement amoureuse… tout comme du désert arabe qu’elle traverse bientôt curieuse d’en saisir les secrets et forte d’en devenir l’intemporelle reine.

Répondant à une logique narrative éculée et démonstrative, l’introduction du film – drôle au demeurant – conduit à une logique de flash-back présentant en une succession de tableaux celle que l’on surnomme « la reine du désert ». Singeant les films de guerre et les costume drama, Herzog se veut singulièrement sarcastique au point de paraître mettre en scène un pastiche savoureux. Chaque élément est exagéré au point qu’il tend au ridicule. De la caricature de Churchill à l’entrée en scène de Robert Pattinson – ou L. W. Laurence, c’est selon -, de la valse des prétendants à la main de Gertrude à sa rencontre avec Henry (qui est là pour son divertissement), le réalisateur nous confronte à un ballet improbable dont la mise en scène devient impayable.

Arrivée à Téhéran, Gertrude a pour chaperon sa cousine, une sotte éperdument amoureuse de celui qui dérobera bientôt le cœur de de la future reine. La romance est potache ou plutôt kitsch. Les gestes « de l’amour » sont éculés et appuyés. Plus encore, Herzog s’en amuse en mettant en scène des éléments contraires – et contrariant – à l’instar d’un vautour de sinistre augure. Les seconds rôles épicent le tableau offrant des répliques magistrales et cassantes : « My diner table is no cry zone« .

Mais bientôt le réalisateur quitte cette dynamique tout en second degré et bascule vers un biopic aussi lisse que le visage de Nicole Kidman. Le caractère artificiel de la mise en scène demeure et se veut alors assassin. Sombrant dans un classicisme poussiéreux, Herzog offre quelques séquences d’une laideur perturbante à l’instar d’un panorama où défilent sans grâce les nuages censés figurer le temps qui passe. Sa dynamique narrative – qui semble oublier la ligne introductive – se module épousant bientôt la voix de Gertrude contant ses propres expéditions et exprimant ses sentiments…

Un emploi sans doute nécessaire pour exprimer ce que le visage de Nicole Kidman est incapable de transcender – une marge roule-t-elle dessus. A contre emploi dans la première partie du film (au côté d’un divin James Franco), elle campe dans la seconde une éternelle jeune première qui traverse le désert en étant au mieux décoiffée et sans jamais être brûlée par le soleil, le visage semblant être de cire. Mais le second degré congédié, elle ne convainc guère paraissant dans chaque scène plus ridicule que noble tant son jeu est simiesque, affecté. Les étendues désertiques, majestueuses, sont-elles sublimées que le film peine in fine à capter notre attention : QUEEN OF THE DESERT s’avérant d’un incommensurable ennui.

Queen-of-the-desert© 2013 QOTD Film Investment Ltd. All Rights Reserved

QUEEN OF THE DESERT
•/♥
Réalisation : Werner Herzog
USA – 2015 – 130 min
Distribution : /
Drame / Biopic

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>