Quartier Lointain

On 18/11/2010 by Nicolas Gilson

Adaptation du manga éponyme de Jiro Tanigushi, le QUARTIER LOINTAIN de Sam Garbarski se concentre sur la nécessité d’être à l’écoute de soi, de qui on est, de ce qui nous compose et nous anime, afin de vivre sans se fuir ni sans exister. Un homme fait un étrange voyage, à travers le temps et la logique, qui lui permet de retrouver son père et ses rêves de très jeune adolescent. Est-ce une seconde vie, une seconde chance? Ce curieux voyage initiatique ne peut qu’être un déclencheur : la révélation des non-dits et du désarroi, somme toute banals, auxquels nombreux refusent de faire face.

La logique du récit – un homme qui, alors qu’il rentre chez lui, s’endort dans un train et se réveille en un lieu inconnu, ou presque – n’est pas sans rappeler celle du réalisme magique. Un courant littéraire et artistique qui anima le cinéma belge et dont la filiation est encore bien présente (notamment chez Jaco Van Dormael). Un homme, un train : d’emblée nous ne pouvons que songer à André Delvaux et à son film UN SOIR, UN TRAIN … Le passage de la réalité à l’imaginaire qui s’opère dans QUARTIER LOINTAIN comporte ainsi un pan d’histoire d’une singulière cinématographie.

La chute vers l’imaginaire est ici double. A un premier basculement vers la déraison (ou plutôt la mise à mal de la logique rationnelle), celui où le protagoniste s’endort, s’additionne rapidement un second lorsqu’il choit et se retrouve projeté en enfance. Toutefois aucun effort réflexif ne nous est demandé : tout est expliqué, voire paraphrasé, par le recours à une voix-over. Et celle-ci est bien assommante. Le spectateur que nous sommes n’est-il plus libre de comprendre et d’assimiler par lui-même les affects des protagonistes ? D’envisager par lui-même le basculement alors que les spécificités du médium cinématographique le permettent ?

La qualité tant de la direction d’acteur que du casting est à souligner. Seule l’intervention en voix-over est quelque peu désolante, car trop facile et pathétique. En émane un dévastatrice artificialité qui rompt le charme de l’artificialité première : celle de l’imaginaire retrouvé. Mais un tendre voyage s’offre à qui y adhère … Un voyage où se confondent les réflexions et les réflexes d’un adulte perdu dans son corps d’enfant.

Mis à part la séquence du second basculement, dépourvue de la moindre finesse, QUARTIER LOINTAIN est servi d’une très riche approche esthétique. La photographie, le cadrage et le montage se complètent admirablement. Une atmosphère prend place, aidée d’un soin particulier pour les décors et les costumes. La réalité filmique qui s’établit est de l’ordre du souvenir mêlé au fantasme d’une époque à la fois temporelle – car un voyage dans le temps s’opère vers le passé effectif du protagoniste – et psychologique – car la magie de ce réalisme est de ne pas répondre de la logique pure, mais d’être sensitive. Une « autre » réalité pleine de sens au-delà de toute nostalgie.

Sam Garbaski : L’interview

QUARTIER LOINTAIN
♥♥
Réalisation : Sam GARBARSKI
Belgique / France / Luxembourg / Allemagne – 2010 – 98 min
Distribution : Imagine
Comédie dramatique
EA

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