Pureté Volée (Towelhead)

On 28/07/2009 by Nicolas Gilson

Sortie du Film Pureté Volée de Alan BALL

« Jasira désire quelque chose qu’elle n’arrive pas vraiment à définir : est-ce de l’affection, de l’amour, de la reconnaissance ou bien tout simplement une vie normale ? Malheureusement elle ne sait pas comment l’obtenir. Lorsque sa mère l’envoie à Houston pour vivre chez son père Libanais, un homme à l’éducation stricte qui s’emporte facilement, Jasira apprend rapidement à lui cacher certaines choses… »

IRREVERENCIEUSEMENT INTELLIGENT

Malgré une séquence introductive peu convaincante, manquant de rythme tout en étant bien expéditive, Towelhead est un premier long métrage proprement déroutant. Fort d’une maîtrise exemplaire de la mise en scène, Alan Ball livre un film à la fois séduisant et dérangeant. Non seulement il appréhende frontalement les méandres et les contradictions tant de l’American Life que de l’American Dream, mais plus encore il les met à mal en appuyant là où cela heurte.

L’éveil sexuel d’une jeune fille de 13 ans et la pédophilie défient le puritanisme. Les questions de guerre et de racisme attaquent le patriotisme … Tandis que nombre de sujets tabous liés à ces deux principales thématiques ne cessent de compléter l’esquisse minutieuse du portrait de la société américaine gangrenée. Alors que ce microcosme mis à nu avec radicalité se situe spacialement et temporellement dans le Texas de 1993, il suggère une dimension macrocosmique contemporaine. Comme si en une génération rien n’avait changé. Bien au contraire.

A la base de Towelhead, se trouve un roman de Alica Erian La Petite Arabe. Un récit sulfureux carrefour de mille sentiments et sensations. L’appropriation de celui-ci par Alan Ball est tel qu’il semble se fondre à son propre univers scénaristique. Le sarcasme et l’ironie ne cessent de donner du relief à un récit singulier à la fois érotique et immoral, critique et optimiste … en somme riche et pluriel, mais irrévérencieusement intelligent.

La réalisation est soignée et témoigne d’une maîtrise exemplaire de la mise en scène. La suggestion érotique ne cesse d’être sous-entendue. La découverte sexuelle, l’éveil de la protagoniste principale à son propre corps, à ses désirs et à ses pulsions, est le moteur même de l’intrigue au même titre qu’elle enlise les protagonistes dans une folle situation où le silence, le décalage culturel et le désir conduisent à une complexification aussi perturbante qu’intelligente. La caractérisation des différents protagonistes est judicieusement proche de la caricature, ce faisant elle permet une mise à nu de l’archétype de la société américaine.

La pornographie s’avère être un élément déclencheur dans la recherche du désir sexuel de la jeune fille. Découvrant des magazines pornographiques, celle-ci se masturbe malgré elle et atteint l’orgasme. L’imagination qui la conduit à cette découverte physique est alors visualisée. Et si cet onirisme permet d’envisager le désir pulsionnel qui envahit la jeune fille, il met aussi en évidence l’approche biaisée qui est la sienne de l’interprétation du contenu du magazine.

Mais jamais la sexualité ne devient ici objet du regard : Alan Ball invite à la visualisation du désir et à la mise à nu psychologique des protagonistes quant à celui-ci. La naïveté de la jeune fille face à son propre éveil sexuel est une donnée essentielle que le réalisateur permet de rendre palpable. Perturbant.

PURETE VOLEE
TOWELHEAD
**(*)
Réalisation : Alan BALL
USA – 2008 – 120 min
Distribution : BFD
Comédie dramatique
Enfants non admis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>